La laïcité, c'est quoi ?

Publié le par Ali



Laïque vient du grec « laos » (peuple). Etre laïque c’est être une composante de la population, une composante pure, telle quelle. Rien de plus, rien de moins.
On peut donc définir la laïcité comme :
« Le fait de considérer l’habitant de la cité dans sa seule et unique qualité de citoyen ».
C’est curieux, tout de même, que ce terme, laïcité, soit si peu compris et même considéré comme une « exception française ».
L’article premier de la Constitution stipule que : « La France est une République une, indivisible, sociale et laïque. »
Et c’est sur ce « laïque » que la définition coince.
Dans la définition supra, tout citoyen est laïque nonobstant ses opinions politiques, religieuses ou autres. Le grand rabbin est laïque, tout comme le cardinal primat, le recteur de la Mosquée,  le Premier Secrétaire du Parti Socialiste ou le Président de la République.
La loi, dans cette optique, s’adresse à tous.
Et, s’adressant à tous, elle ne se confond avec personne.
Il ne peut donc y avoir des lois pour les uns et d’autres pour les autres.
La laïcité n’est pas une philosophie, une morale, une religion de substitution, c’est l’extériorisation de la citoyenneté. 
On se présente devant la loi (les tribunaux, par exemple) comme citoyen et non pas en catholique, musulman ou athée.
L’importance de cette définition est capitale. Nous sommes déjà dans une société plurielle, des opinions se côtoient qui souvent sont radicalement opposées, des religions cohabitent plus ou moins bien, de nouvelles spiritualités voient le jour qui réclament une reconnaissance, des communautés veulent imposer leur identité.
On pourrait adopter l’attitude qui consiste à dire : « Faites comme vous le souhaitez pourvu que l’ordre public ne soit point perturbé ». C’est la manière brittanique du « laissez faire ».
Le Canada l’a adopté qui est confronté aujourd’hui à une pléiade de communautés qui toutes ont leur manière de vivre et de faire reconnue comme telle par des lois. Il n’y a plus une loi, contraignante pour tous, il y a des loi pour les uns et pour les autres.
C’est le communautarisme.
Nos racines religieuses font partie de notre identité culturelle et non pas politique. Bien des peuples en Europe l’ignorent ou ne veulent pas le savoir. Deux pays en Europe ont reconnu la laïcité de l’Etat : la France et le Portugal (comme c’est le cas en Turquie) ; d’autres ont leur religion « d’Etat », comme la Grande-Bretagne, le Danemark, la Grèce ou l’Italie, d’autres encore sont flous sur ce chapitre, c’est le cas en Belgique.
Et si ces pays sont flous, c’est précisément par manque d’une définition simple et précise de ce concept, d’une définition comme celle que je donne en tête de ce papier : nous sommes tous des citoyens et dans notre rôle de citoyen nous faisons abstraction de nos opinions philosophiques ou religieuse, nous n’avons en tête que la coexistence qui doit pacifiquement unir les habitants d’une même cité.
Ce qui ne veut pas dire que dans le débat politique nous ayons à mettre nos idées religieuses ou inspirées par notre foi, en veille. Loin de là ! nos institutions nous permettent (encore) ce débat, nous devons y remplir notre rôle.
L’Eglise catholique l’a parfaitement compris qui, dès l’acceptation de la laïcité de l’Etat admise et intégrée dans son chef, en a tiré parti, à un point tel qu’elle refuse aujourd’hui toute modification de la loi 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Au grand dam du Ministre de l’Intérieur, devenu, depuis, Président de la République.
La laïcité ne doit pas être, comme c’est le cas, parfois en France ou en Belgique, un mot d’ordre, une philosophie en soi, un refus de la religion ou, ce qui est stupide, une morale. C’est une attitude politique, et rien d’autre.
Il est peut-être difficile pour un athée d’admettre que l’Etat, en France, entretienne les églises catholiques et finance, d’une manière détournée, la construction de mosquées. La cohabitation est à ce prix.
La laïcité n’est pas refuser et encore moins rejeter la religion. C’est la reconnaître comme telle dans la sphère privée. Ce n’est pas l’ignorer, c’est en faire un interlocuteur non pas privilégié, mais comme les autres (syndicats, associations…)
Cette définition de la laïcité peut mettre un terme aux interrogations qu’elle suscite.

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Darklord 24/09/2008 14:41

Bonjour,

J'aimerai préciser ce que tu dis sur la laïcité lorsque tu parles de ceux qui refusent la religion. Ces personnes là, justement, ne sont pas laïques, si l'ont s'en rapporte à sa définition.

A. − Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse.



B. − Caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises; impartialité, neutralité de l'État à l'égard des Églises et de toute confession religieuse.

La laïcité a pour valeur l'impartialité et la neutralité donc les personnes qui utilise ce terme pour lutter contre les religions ne sont pas laïques en soit.
Je suis moi-même athée et laïque, c'est à dire que j'ai toujours respecté les croyances des autres (l'athéisme est une croyance finalement, la croyance qu'autre chose que dieu est à l'origine de notre monde et de l'univers), je ne me suis révolté que lorsque je jugeai que les religions s'aventuraient trop dans le domaine publique.
Aussi je tiens à ce que le terme de laïque soit bien compris. Surtout qu'en ce moment, Nicolas sarkozy profite de ce même amalgame (avec les intégristes soit-disant laïque) pour faire avancer son idée de "laïcité positive" qui, en regard de la définition au-dessus, n'est donc ni l'un ni l'autre.
Bonne continuation à toi.
Darklord