Qui sont les chiites ?

Publié le par Ali

Avec Cheikh Jamel, à Grande Synthe (59)


Bien des gens s’imaginent l’islam comme un monolithisme strict. Rien n’est moins vrai, l’islam présente une large palette d’interprétations..

Environ quatre-vingt-cinq pour cent des musulmans sont des sunnites, ce qui signifie qu’ils reconnaissent le Coran, les dits du Prophète et les interprétations du Coran consignés par la « Sunna » (tradition) comme fondement de leur foi.

Dix à quinze pour cent des musulmans se rattachent au shî’isme.

La différence entre les deux grandes tendances de l’islam est sensible et a fait que jusqu’en 1948, les sunnites n’ont pas reconnu les shî’ites comme musulmans.

On parle beaucoup des shî’ites. En Iran, où ils sont majoritaires à 98%, en Irak à 60%, au Liban, où il semble qu’ils soient devenus récemment la composante religieuse la plus nombreuse. Ils donnent un image d’intransigeance, de bellicisme même, et de dogmatisme religieux.

Rien n’est plus faux !

La grande question qui se posa à la mort du Prophète fut la suivante : si le Prophète est le sceau de la prophétie et le dernier des Prophètes du monothéïsme, qu’y-a-t-il après lui ?

Pour les sunnites, la réponse est simple : c’est le Coran et seulement le Coran. Pour les shî’ites, le problème est plus complexe, car si la parole de Dieu est vraie, son recueillement par des oreilles humaines et sa mise par écrit ne sont pas toujours infaillibles et, de plus, la compréhension des textes, dont une bonne partie recèle une part ésotérique (bâtin) suppose la présence de « Mainteneurs du Message » qui pour les shî’ites sont les Imâms issus de la lignée du Prophète (Ahl-ul-bayt).

Ils croient donc, qu’à côté du texte, se tient un Plerôme composé de douze Imams, le douzième étant encore de ce monde, mais occulté aux regards humains, qui inspirent la compréhension du Message, du Prophète lui-même et de sa fille Fatima-Zahra (« la Lumineuse »).

Cette dernière est en quelque sorte le « liant » entre ces Imâms.

Pour les shî’ites, les sunnites s’accrochent au caractère légaliste du Coran (sharia), les shî’ites y voient un texte préexistant à tous ceux dont ils se réclament comme héritiers, et dont la connaissance est transmise par les Imâms qui sont ceux qui « savent » et en ont l’inspiration.

Leurs philosophes approfondissent un point laissé sans réponse dans la théorie platonicienne de l’Idée, à savoir : comment l’Idée  apparaît-elle dans le phénomène ? Quel est son cheminement, comment l’apparaître vient-il à apparition ?

Et leur réponse se trouve précisément dans cette incessante interrogation sur « l’ésotérique de la prophétie » (batin) qui permet, à travers la transmission d’une loi nouvelle, d’un message ultime, de découvrir, de degrés en degrés, une Lumière éternelle antérieure à la lettre de la Révélation.

Pour les sunnites, la croyance des shî’ites en ce Plerôme qui subsiste et inspire la connaissance du Coran, après la mort du Prophète est quasi hérétique. C’est la reconnaisance que chaque religion prophétique a comporté un ésotérisme, une gnose, dont l’existence est restée secrète, le dernier Prophète en atteste l’existence et l’Imâm l’enseigne. La manifestation de cette gnose ne sera complète, à découvert et sans voiles que dans la Parousie du douzième Imâm, le Mahdi, qui sera le sceau de la « walayat » (l’ésotérique du message) mohamedienne, laquelle est comme telle, le sceau de la « walayat » universelle.

On peut rapprocher les shî’ites des kabbalistes juifs et chrétiens et ils sont un synonyme pour soufis.

Les shî’ites ont, de tout temps, été discriminés, voire persécutés. Ils ont un sens de la tragédie de l’histoire hors du commun. Leur vénération pour leurs Imâms martryrs est révélatrice de cette dramaturgie.

Tout comme les chrétiens attendent le Christ en Parousie, ils espèrent en l’avènement du Mahdi, le douzième Imâm, celui qui rétablira la Justice et fera éclater la Vérité avant que Jésus n’annonce la fin du monde.

Croyance complexe, riche dans ses développements métaphysiques, le shî’isme est aussi, comme l’a illustré dans ses écrits un de ses plus brillants philosophes, l’Iranien Sorahvardi, le continuateur du zoroastrisme des Perses, d’où son implantation quasi naturelle et séculaire en Iran.

Henry Corbin fut, en France, le meilleur connaisseur de cette étrange spiritualité.

Lisez à ce propos « En islam iranien », édité chez PUF.

 

 

 

 

  

Commenter cet article