Castoriadis et la montée de l'insignifiance.

Publié le par Ali

Le philosophe Cornelius Castoriadis, est mort en 1997, mais il nous a laissé un message qui reste actuel et qui, à l'aune des boulevesements que nous avons vécus ces derniers temps, est particulièrement fécondant.

C'est quoi une véritable démocratie ? Pour Aristote, c'est un système dans lequel le citoyen (le « zoon polikon ») est capable de gouverner et d'être gouverné.

Et gouverner, c'est quoi ? Tout simplement, faire signe !

Faire un signe, c'est indiquer une direction, c'est montrer le passage à emprunter.

Napoléon le fit, avant lui Alexandre, plus près de nous il y eut Mittérand qui s'y essaya.

Aujourd'hui ? Plus personne ne fait signe, ne montre plus rien et se contente de suivre le mouvement.

Que proposent des McCain, Obama ou Sarkozy ? Rien de transcendant. Ils veulent être élus, le rester et, pour ce faire, suivent les sondages et s'y adaptent. Ils ne montrent pas le chemin !

Ce dernier est celui du libéralisme qui dit en substance : ne pas suivre une direction, se laisser aller, les choses se mettent en place toutes seules et se régulent automatiquement.

Les politiques, dans ce système, sont au mieux des gestionnaires, au pire les complices du déficit démocratique qui en découle.

A Athènes, les citoyens votaient et puis, à tour de rôle, remplissaient la fonction de magistrat (ministre) de la République. Ils gouvernaient et étaient gouvernés. Ils savaient où ils allaient car ils étaient tous responsables de la feuille de route.

Aujourd'hui, les citoyens sont libres un jour tous les cinq ans, quand ils vont voter. Après ils délèguent leur gouvernance à d'autres, les politiques,  qui se font conseiller par des spécialistes, des technocrates, des hommes et des femmes qu'ils ne connaissent pas et qui influent, chaque jour, un peu plus sur leur destin.

Pire, les citoyens se détournent de leur droit à la gouvernance, il leur semble suspect, genèse de déceptions toujours plus amères et, s'ils votent encore, ils n'y croient plus.

Et pourquoi donc ?

Parce que le champ politique est devenu trop vaste. A la cité athénienne a succédé le pays, à ce dernier ces immenses entités que sont les Etas-Unis (d'Amérique p.ex, d'Europe ou de Russie) ; le citoyen n'y retrouve pas ses marques, il ne peut se soucier de ce qui se passe loin de chez lui, souvent dans des régions qui ne parlent pas sa langue et ne partagent pas ses habitudes. Plus c'est grand et demesuré, moins c'est humain, retenez-ça !

Alors ?

Première chose à faire : résister.

D'abord à cette propension de tout unifier. En revenir à l'unité de base, la cité. Impossible, me rétorquerez-vous. Et pourquoi pas ? Voyez la Suisse, ce n'est pas un grand pays, mais les citoyens sont capables, canton par canton, de se prononcer sur les projets du gouvernement cantonal et sur celui de Berne en  réclamant un réferendum sur tel ou tel de type de sujet.

Et puis, tout simplement, se manifester ! Ecrire à son député, le visiter dans sa permanence, dire ce que l'on pense, lui faire sentir qu'il est jugé et pas seulement sur sa propension à favoriser le clientèlisme. Lui prouver que l'électeur n'est pas indifférent, passé le scrutin.

Lire les journaux d'opinions, leur envoyer des missives.

Ne pas s'attacher à un parti et encore moins à un homme. Choisir les programmes d'abord.

Mais, répondrez-vous encore, il n'y a pas de programmes si différents, tous racontent la même chose...et je vous rappellerai que vous êtes des hommes et des femmes libres et que vous devez user de votre liberté,  « Il faut choisir : se reposer ou être libre » disait Thucydide. Vous pouvez influer sur le cours des choses. Plus que du talent, cela demande du temps, du courage et de la volonté.

Et puis, il faut le faire. La planète est en train de crever, la rapacité aveugle des hommes l'étouffe et justement, il y a l'écologie qui nous montre une nouvelle direction, celle du respect de cette terre qui nous accueille et dont nous ne sommes pas les propriétaires. Voilà un cours nouveau qui peut nous mobiliser, en dehors de toute option partisane.

Ensuite : dénoncer !

L'injustice, le mensonge et tous ces mirages que nous fait miroiter cette société de consommation qui veut nous tenir dans ses tentactrices tentacules. Cela peut se faire individuellement, certes, mais aussi dans des associations, des cercles, des partis, des syndicats.

Et je terminerai par mon dada : l'esprit critique et le devoir d'impertinence !

Mes amis, ne croyez pas tous ce que l'on vous raconte comme ça, sans plus, en signant des chèques en blanc. Jugez sur pièce, réfléchissez, comparez, enquêtez, renseignez-vous, étudiez. Si vous le faites une soirée par semaine, plutôt que de regarder cette télévision débile qui vous intoxique, vous auriez fait un grand pas vers ce que Castoriadis appelle « l'autonomie », soit le pouvoir de créer ses propres règles.

Et sachez que celui qui les crée, ces règles, est son propre maître !

castoriadis2

Cornelius Castoriadis.
"La Montée de l'insignifiance" Le Seuil 1996


 

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 03/07/2011 14:09



Bonjour,


 


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.


 


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


 


Page No-15, THÉORÈME DE LA SIGNIFIANCE


FERMI et ANTHROPIQUE.


 


Cordialement


 


Clovis Simard