Afghanistan, un officier français témoigne.

Publié le par Ali



Il est Français, officier, et revient d’une seconde période en Afghanistan. Nous n’en dirons pas plus. Voici son témoignage.

 

Comment se présente la situation ? 

Surréaliste. Le sud du pays est entièrement aux mains des Talibans. Les seules garnisons alliées qui s’y trouvent sont des fortins d’où personne ne sort, sinon sous haute escorte aérienne. Les paysans y ont repris la culture du pavot, ce qui leur permet de le vendre cher et de procurer, sous forme de taxes, de substantiels revenus aux Talibans qui en avaient interdit la culture quand ils étaient au pouvoir.

A Kaboul, c’est ubuesque. Les troupes alliées sont cantonnées dans leur garnison. Elles sortent, dans des véhicules blindés, après reconnaissance aérienne par drones ou avions, ou les deux. Rien que le jour. La nuit, elles se barricadent, c’est le moment où les Talibans rackettent les commerçants, donnent leurs instructions aux habitants et reçoivent des troupes afghanes que nous formons le jour, les renseignements qui leur permettront de contrer notre action.

Au-delà d’une trentaine de kilomètres de la capitale, ils font la loi ouvertement, ils tiennent les collines et, Kaboul étant une cuvette, je me demande ce qui se passerait s’ils se décidaient à bloquer tous les passages et bombarder l’aéroport, nous serions faits comme des rats ! On a connu ça à Dien-Bien-Phu. 

Et le gouvernement afghan ? 

Corrompu. Ils mettent des sous de côté, histoire de se débrouiller. On ne peut pas compter sur eux et ils ne nous aident en aucune façon. 

Quelles furent nos erreur ?

 

Ne pas avoir tenu compte des enseignements de nos guerres coloniales. Nous avons négligé totalement ou presque l’approche psychologique auprès de la population. Les Américains ont agi comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Ce n’est pas en bombardant, par erreur, des villages innofensifs, ce qui s’est produit plusieurs fois, que l’on se rend sympathique à la population. Alors, les habitants se méfient de nous, ne voient dans ces troupes étrangères que des troupes d’occupation et le reflexe de résistance reprend le dessus.
Nous avons totalement occulté l’aspect ethnique, voire tribal, de la société afghane, nous nous imaginions ce pays comme un autre Irak ou Iran, c’est complètement différent et notre ignorance a permis à des tribus qui étaient jusqu’à présent opposées les unes aux autres, de se rapprocher face à l’ennemi commun : les alliés !
De plus, nous sommes trop dépendants des auxiliaires afghans qui connaissent un terrain particulièrement difficile, mais qui ne sont absolument pas fiables et ont peut les comprendre. S’ils ne renseignent pas les Talibans de nos fais et gestes, ce sont leurs familles qui seront égorgées.
Le comble, c'est que les actions des alliés sont peu concernées, et le fait que nous soyons tous dépendants de la logistique américaine, nous empêche de mener les opérations comme nous le souhaiterions. 

Alors quoi ? 

Militairement c’est l’échec, nous sommes tombés dans le piège afghan comme les Soviétiques en 1980 et les Anglais un siècle avant. Ce pays, personne ne l’a occupé, même pas les Mongols, et ce n’est pas avec de l’électronique et des gadgets sophistiqués qu’on y parviendra. C’est pas la peine de faire courir à nos hommes des risques mortels pour rien, seule la solutions poltique pourra, peut-être, sauver l’honneur de notre intervention. 

Comment ? 

Les Afghans n’ont pas de fort sentiment national. Ils sont d’abord membres de leur ethnie avant d’être afghans. Si l’on réunit autour d’une table toutes le composantes du conflit, on pourrait, en faisant fi de nos conceptions occidentales, leur demander de trouver une solution entre eux. Les Talibans sont en position de force, mais il y a des chefs de guerre qui tiennent à leurs prérogatives et souhaitent ne pas dépendre d’eux. Une partition du pays serait la meilleure des choses en ce qui nous concerne. Il est peut-être encore temps de songer à cette solution qui nous permettrait de nous retirer sans deshonneur. 

Et Al Qaida ? 

C’est l’ennemi invisible. En fait, il sont présents sou forme de mercenaires étrangers, saoudiens, yéménites, bosniaque et tchéchènes et surtout, ils ont le fric pour alimenter la guerre. On ne nous parle jamais du rôle sournois de l’Arabie saoudite  et du Pakistan dans ce conflit, on se focalise autour de la personne de Ben Laden (un ex agent des Américains), lequel est sans doute mort depuis deux ou trois ans. Evoquer l’Arabie saoudite, c’est tabou, trop de pétrole, trop d’implications avec les Américains. On se voile la face ! 

En conclusion. 

Il faudrait que les politiques soient voient la réalité en face plutôt que de nous abeuvrer de paroles et qu'ils cessent de nous envoyer au casse-pipe au nom de grands principes qui nous concernent mais dont ces gens n’ont rien à faire.

 

 

 

Commenter cet article