Où est passée la vertu ?

Publié le par Ali

La vertu est une disposition permanente à vouloir le bien.Aristote donne au mot "arètè" un sens bien précis: l'excellence en toute sortes d'être, d'acte ou de fonction; ainsi, pour le philosophe, la vertu du cheval est de se conduire en "bon cheval", soit bien supporter son cavalier, courir l e plus vite possible et ainsi de suite.
Kant va opposer dans la
Métaphysique des Moeurs le droit, qui ne considère que l'ordre des actions extérieures, à la vertu qui concerne , elle, le principe intérieur de nos actions et en détermine les fins morales, soit la perfection de soi-même et le bonheur d'autrui.
Vertu et courage sont souvent associés, influence du latin "vir" (homme); dans la littérature classique courage et vertu sont utilisés dans la même acception.
Le courage, "andreia" en grec (encore une référence purement mâles !),  est la secode des quatre vertus cardinales chez Platon, avec la sagesse, la tempérance et la morale. Stoïciens et épicuriens partagent ce point de vue.
Etre vertueux, c'est pratiquer la sagesse, la morale, la tempérance, le courage pour le seul amour de ces vertus et dans la disposition de vouloir le bien d'autrui avant le sien.
Deux ou trois exemples: les Thermopyles où Leonidas  et les siens se firent massacrer pour barrer la route aux Perses, Uri le Hittite dans la Bible ou Roland à Roncevaux, la vie des Saints et, à propos de ces derniers, rien ne nous empêche de faire de la vertu une "sainteté" laïque, pourquoi pas ? A chacun les siens !
La vertu, on s'en doute, est l'apanage de la minorité qui la met en pratiqe, la majorité, elle, se bornant à louer la vertu de ces hommes, la mettre en exergue, l'enseigner aux enfants, en faire un but ultime dont l'accession couronne une vie d'efforts et de probité.
Ce temps est bien loin quand on fait aujourd'hui le constat moral de l'Occident: la vertu a disparu. Non pas qu'il n'y ait plus d'hommes ou de femmes vertueux, c'est le culte de la vertu qui a disparu de l'autel de l'individualisme.
On ne rend plus à cette disposition la place qui devrait être le sienne, on la considère comme une bienheureuse exception dans cette cacophonie magistrale où les individualismes se disputent les premières places pour lesquelles tous les coups sont permis.
Quand l'ego, par orgueil, se refuse au moindre sacrifice, quand l'autre n'est  devenu qu'une chose avec laquelle on négocie bien ou mal, que l'on utilise, ou par laquelle on se fait tôt ou tard utiliser, quand le seul amour qui dicte les actes des hommes est l'amour de soi, tout s'écroule, l'Histoire est là pour nous le rappeler, mais en vain.
L'Occident a ce passé qui vit les Grecs placer l'homme et sa raison au centre de toutes choses, le christianisme reprit le flambeau et se furent les cathédrales flamboyantes d'amour du vrai et du beau. Les Lumières retournèrent en Grèce, mais en langue vulgaire, tout comme Kant qui revisita Platon en allemand.
L'egoïsme dominant a fait perdre à l'homme occidental la conscience du fondement même de la liberté; avoir l'intuition de soi-même comme universel, que l'être individuel consiste à être universel dans l'universel. L'être est universel et l'universalité propre est l'être.
L'universalité étant le rapport à soi qui consiste "à n'être pas auprès d'une chose autre, étrangère, de n'avoir pas son essence en autre chose, mais à être auprès de soi - à l'avoir comme universelle auprès de soi, l'universel. Cette condition d'être auprès de soi, c'est l'infinité du Moi" (Hegel: Leçons sur l'histoire de la philosophie)
L'infinité du Moi-universel versus l'exacerbation de l'ego.
Nous voilà loi de l'antique maxime: rien de ce qui est humain ne m'est étranger.


Pour Kant, la vertu c'était aussi déguster des mets délicats arrosés de fins vins et de discuter des fins dernières avec des convives choisis...


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