Dieu et moi

Publié le par Ali





Qui suis-je ?
Qu'est donc le monde qui m'entoure ?
De quelle nature est la relation qui m'unit à ce dernier ?
Voilà trois questions qui ont fait couler beaucoup d'encre et peuplé les nuits, toujours blanches, des grands penseurs...Nous pourrions tenter une réponse sur le mode existentialiste:"Je suis jeté dans l'existence, cette dernière n'est que dans la mesure où je suis. Je suis le seul sujet dans l'Univers et il appartient à ma seule liberté de reconnaîre autrui comme sujet, lui aussi."
Le monde, l'univers, à tout prendre, n'est que dans la mesure où je l'appréhende. Avant ma naissance, il n'était pas. Quand je m'endors, il dort de même et mon heure dernière sera la sienne aussi !
Surgit, dès lors, la tentation de se prendre pour le Créateur. D'être dieu, rien de moins ! Au yeux des théologiens, c'est le péché suprême, le summum de l'orgueil ! On objectera, bien sûr, que le monde, pour nous, naît le jour de notre naissance et meurt à celle de notre mort.  Mais c'est notre monde... ce n'est pas le monde. Ce dernier était avant notre naissance et perdurera après notre mort...
Et pourquoi donc ?
Et si ma finitude était volontaire ? Imaginons ma finitude librement consentie, précisément pour permettre à autrui d'être, lui aussi, dans le monde .Je partagerais le monde avec autrui, mais cet autrui serait dans la mesure où moi seul, je voudrais qu'il soit, ce serait une excroissance de mon "Je" en quelque sorte...Dans cette optique mes relations avec l'autre et avec le monde ne serait rien d'autre que des modalités de relations avec moi-même...Je serais Dieu !
Or, je ne le suis pas...
Ou, du moins, je n'ose me reconnaître comme tel ! Je n'ose, parce que je me complais dans un dualisme anxiogène mais rassurant:  la vie, la mort, le Créateur, la créature, le vice et la vertu, le pur et l'impur...Je me réfugie dans une labyrinthe de catégories qui, à première vue, balisent un chemin accepté "tel quel", sans plus....
Me reconnaître comme Dieu... imaginez-donc ! Ce type de pensée n'est pas courant dans la philosophie occidentale, on le retrouve, fort édulcoré, dans le christianisme primitif: "Dieu s'est fait homme, afin que l'homme devienne Dieu !" (St Irénée de lyon), ou " Celui qui s'abreuvera à ma bouche deviendra comme moi et moi aussi je deviendrai lui, et les choses cachées se révèleront à lui." (Evangile selon Thomas, logion 108.)
Et, un peu plus tard, chez Maître Eckhart: " Plus tu sauras te vider de toi, te répandre, plus Dieu t'inondera de Sa divinité."
Les philosphies orientales ne sont pas aussi pusillanimes. Lire, à ce propos:
 "Les stances sur la reconaissance du Seigneur avec leur glose" un traité de philosphie shivaïte du huitième siècle après J.C, composées par Utpaledava et traduites et commentées par David Dubois (Edition L'Harmattan).

Etonnant !

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