Sommes-nous en démocratie ?

Publié le par Ali




 

La France est-elle une démocratie ? A cette question, un magistrat suisse a répondu par la négative: tout juste une monarchie relativement absolue.

Mais dans le fond, qu'est-ce donc que la démocratie ? Et a-t-elle déjà été appliquée ?

Tous les manuels s'accordent pour faire remonter la démocratie à l'Athènes du Vem siècle qui voit un petit territoire (pas même la superficie de la Drôme, en comptant l'Attique) dirigé par un aréopage de citoyens. On parle de « kratos demou », pouvoir du peuple.
Ce peuple, il est pour le moins limité aux hommes (mâles) libres à l'exclusion des esclaves, des affranchis et des métèques (les étrangers).
Il se rassemble sur l'Acropole, à côté du temple d'Athena et discute des affaires de la « polis », de la ville. Il choisit ses dirigeants et les contrôle.

C'est une assemblée permanente, un peu comme celle que nous connûmes dans les premiers jours de la Révolution triomphante.
Athènes était une ville tournée vers la mer et qui dit mer, dit navires, liberté de navigation et de commerce.

La liberté de commercer serait-il le premier exercice de la liberté tout court ? C'est fort probable, les esclaves ne feraient jamais de bons commerçants. Pour que le commerce marche, il faut des hommes libres et qui assument les conséquences de leur liberté.
Pas étonnant, dès lors, qu'en parallèle à la liberté de faire du commerce il y a la liberté de penser.

C’est dans des moments pareils que l’homme a commencé à philosopher.

En Grèce, à Athènes, il le pouvait sans crainte. Les dieux vivaient dans leur Panthéon, ne s’occupaient des affaires des hommes que pour rafler leurs femmes et accordaient toute licence aux mortels pour accomplir leur destinée.

Si les Grecs avaient été monothéïstes, nous n’eussions pas connu la philosophie. Sûr !

Et puis, il fallait Athènes. Une ville libre, ouverte sur la mer, recevant les marchands du monde, écoutant leurs récits de terres lointaines et de souverains absolus et despotiques.

Une cité libre, de citoyens libres, qui se parlent, s’opposent et recherchent la concorde (« omonia », « sunfonè »).

Est-ce assez pour que naisse la philosophie ?

Non ! En plus, il a fallu opérer une mutation radicale: l’abandon de toute logique ambivalente.

La logique ambivalente présuppose que le blanc n’est pas tout-à-fait blanc, qu’il y a du noir dans la blancheur et inversement. Le Tao repose sur cette ambivalence.

Les Grecs vont rompre avec cette logique. Même si cette dernière est vraie, la simplification du processus de pensée exige une coupe drastique. Blanc sera désormais blanc et noir, noir.

Les Grecs vont en plus, et sans doute inconsciemment, créer un concept,  le premier de la philosophie : celui « d’ami ».

Il ne s’agit plus d’être « sage » mais de tendre vers la sagesse à travers un concept d’amitié.

Etre « proche de »  plutôt qu’être tout court.

Démarche humble, prudente sans doute, réaliste très certainement.

Les premiers philosophes, ceux qui ne connaissaient pas encore le concept d’amitié mais le pratiquaient avaient une vision très relative des choses : « Tout passe, rien ne reste » ; « croyances des hommes, divertissements des enfants ».

Voilà comment naît l'esprit critique, celui qui relativise les choses, s'attend toujours au détour d'une sentence à une'autre qui contredira la première.

Comme on le voit, cette « démocratie » est pour le moins tempérée. Quelques uns (oligoi, en grec) décident du sort de la cité entre eux, notables reconnus comme tels.

Aujourd'hui, les choses ont-elles changé ?

Tout d'abord, la dimension de l'exercice: il n'y va pas de cités comme en Grèce, ni de cantons comme en Suisse, mais de territoires plus ou moins étendus comme le français ou carrément immense, comme les Etats-Unis ou l'Inde.

Le citoyen ne siège plus à l'Agora mais délègue sa représentation à un élu.

Et si la démocratie n'était possible que dans un espace réduit ?

Et puis, il n'y a plus de philosophie qui sous-tend l'action des citoyens. Nous ne pourrions imaginer, aujourd'hui, suivre le conseil de Platon et mettre à la tête de la Cité un philosophe.
C'est que nous somme revenus à la logique ambivalente. Nous ne croyons plus au bien idéalisé et à la mission de le faire apparaître totalement dans notre vie quotidienne.

C'est un relativisme pessimiste qui nous ramène à la pure gestion des choses et des gens.

Des gens qui n'ont plus à être des « amis » de la sagesse, mais soumis aux lois que leurs représentants, dans lesquels ils se reconnaissent de moins en moins, imposent à leur quotidien.

Il n'y a pas de démocratie sans participation active des citoyens;

Sans idéal vers lequel tendre, sinon le réaliser.

Sommes-nous vraiment dans cette conjoncture ? La réponse est négative, vous le savez tous. Le jeu politique est celui d'une confrontation, encore pacifique, entre intérêts opposés où le plus fort, le plus influent, maquille sa domination sous les oripeaux d'un consensus;

Alors quoi ?

Nous n'allons pas nous étendre sur les conséquences de ce déficit, contentons-nous aujourd'hui de constater que les mots nous trompent. Cette démocratie dont on nous parle n'en est pas une; tout juste une oligarchie plus ou moins brutale.
Soyons réalistes, dénonçons ce langage de sophistes en faisant tout pour fonder, petit à petit, un territoire nouveau.
Sur les ruines de l'ancien.

 

 

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