Iran et Burqa

Publié le par Ali




Il est le directeur de L'Express, mais surtout l'ami de Carla Bruni. Cela l'autorise-t-il à passer son temps à donner des leçons et débiter des poncifs à tout un chacun ? Peut-être. Ce ne serait qu'un de ses petits pseudo-instruits, parlant bien et posant au gendre idéal qu'il ne serait qu'un détail de plus dans le paysage parisien. Mais, de là à partir en guerre il y a une nuance...ce n'est pas lui qui chaussera des Rangers !

http://blog.mondediplo.net/2009-06-28-Iran-et-burqa

 

ll fallait oser, et évidemment Christophe Barbier, le directeur de L’Express, celui qui affirmait en janvier dernier qu’à Gaza, l’armée israélienne se battait pour nous (« Une guerre juste, juste une guerre »), a osé. Son dernier éditorial, s’intitule « Iran, burqa : même combat ! » et affirme :

« Depuis deux cents ans, tout peuple qui se libère d’un oppresseur est naturalisé français : dans les rues d’Ispahan ou de Téhéran défilent donc nos concitoyens. Et comme les réflexions d’Usbek et de Rica, sous la plume de Montesquieu, en dirent long, jadis, sur la France, le martyre de la jeune Neda exige que nous soyons irréprochables dans la défense de nos valeurs. Les Lettres persanes sont depuis deux semaines une bouteille à la mer ; elles attendent désormais une réponse claire de Paris.

La ligne de front, pour nous, c’est la burqa. Pour le bien de la religion musulmane autant que pour le respect des droits humains, il faut, sans hésiter, interdire le port de ce pseudo-vêtement, comme on interdirait aux femmes, même consentantes, d’aller dans nos rues avec des fers aux pieds ou un carcan en sautoir. (...)

« Lutter contre un tel intégrisme ici, c’est aider les modernistes là-bas. Car le khomeinisme n’est rien d’autre, au fond, qu’une burqa cousue à la taille d’un peuple. Il n’est aucun combat mineur contre de telles ténèbres, et la moindre encoche peut offrir une aurore aux multitudes ensevelies. Tel est le message que le plus grand poète persan, Jalal al-Din Roumi, nous adressa au XIIIe siècle : “Même si sa lumière se répand partout, de l’Orient à l’Occident, le clair de lune pénètre dans la pièce à la mesure de l’ouverture.” »

Il est improbable que Christophe Barbier ait jamais lu un poète iranien (sinon dans un recueil de citations) ou ait la moindre connaissance de l’histoire iranienne, encore moins de sa culture. Pour lui, l’Iran ne peut être que la « copie » de ce qui s’est passé chez « nous » et doit suivre le même chemin. Et sans doute ignore-t-il que les Algériens ou les Vietnamiens qui se battaient pour leur liberté ne se considéraient pas comme nos « concitoyens ».

Le ridicule ne tuant plus depuis longtemps en France, si l’on veut rire un bon coup, on écoutera Bernard-Henri Lévy, « le plus beau décolleté de Paris », s’adresser d’une voix emphatique à la jeunesse iranienne (23 juin). Nul doute après cette harangue que le régime iranien tremble sur ses bases...

Quoi qu’il en soit, les deux « sujets » qui ont fait l’actualité ces derniers jours, ont effectivement, un point commun : l’islamophobie. On peut, et on doit, considérer la burqa comme une régression ; on peut, et on doit, dénoncer la fraude massive qui a marqué l’élection présidentielle iranienne. Mais on peut le faire sans tomber dans l’amalgame, ni considérer que nous sommes entrés dans une troisième guerre mondiale contre l’islam ou que nous devons nous unir contre « le fascisme islamique ».

Notons, dans le débat sur la burqa, un éditorial raisonnable sur LeMonde.fr, « Burqa en débat » (26 juin) :

« Adopté par les franges les plus conservatrices des sociétés musulmanes dans le monde – et par quelques milliers de femmes en France, semble-t-il -, le port du voile intégral ne peut se prévaloir d’aucune justification, ni du Coran ni de la tradition. La dissimulation radicale du corps féminin dans l’espace public soulève donc bien un problème d’égalité, de liberté et de dignité de la femme.

Mais ce constat posé – et justement posé –, que faire ? Le chef de l’Etat a prudemment demandé au Parlement de répondre à la question. Et en décidant, le 25 juin, de créer une mission d’information sur le sujet qui aura au moins six mois pour proposer un rapport, l’Assemblée nationale s’est, non moins prudemment, donné le temps de la réflexion. Sans s’enfermer, a priori, dans l’hypothèse d’une loi.

Prohiber par la loi le port de la burqa ou du niqab soulèverait, en effet, deux questions plus qu’épineuses. D’une part, au nom de quel argument ou de quel principe interdire à des femmes majeures une tenue vestimentaire, quelle qu’elle soit, dans l’espace public, sauf à confondre le législateur français avec une assemblée d’oulémas ? Ce qui a été décidé pour les établissements scolaires, précisément parce qu’il s’agissait des jeunes et de l’école, trouve, là, sa limite. D’autre part, sauf à imaginer une détestable ou ridicule police des mœurs, comment appliquer une telle interdiction, si le choix en était fait ? Beaucoup plaident avec énergie pour un islam moderne et tolérant. Ils ont raison. Il faut convaincre plutôt que légiférer. »

Une caricature du dessinateur suisse Chappatte publiée dans l’International Herad Tribune du 26 juin, « Burqa to be banned in France », illustre l’absurdité d’une éventuelle loi.

Un des arguments les plus souvent repris par ceux qui défendent une loi est que les hôtes de la France, ceux que nous accueillons, doivent se soumettre aux lois de la République. Ou alors, qu’ils s’en aillent !

Drôle de conception, quand on sait qu’une grande partie de ces hôtes sont des Français, certains même des Français de souche. Mais, à supposer même qu’ils soient tous naturalisés, proposerons-nous, comme en 1940 sous Vichy, de déchoir ces femmes (et seulement elles) de leur nationalité, sous prétexte qu’ils ont, comme le disait l’extrême droite dans les années 1930 de tous ces métèques, un « faux nez français » ?

Enfin, comme il fallait s’y attendre, cette nouvelle sortie du président Sarkozy sur la burqa soulève une incompréhension totale chez de nombreux journalistes du monde musulman, journalistes de toutes tendances, comme le prouve l’article de Dawood Al-Shiryan dans le quotidien Al-Hayat (24 juin) ou celui de Mazin Hammad dans le quotidien de Qatar Al-Watan du même jour.

Je ne reviendrai pas ici sur le problème de l’égalité hommes-femmes qui est le prétexte avancé pour une nouvelle loi. Juste pour rappeler que, dans notre pays, nous sommes loin de l’égalité, que les femmes, aussi bien les « Françaises de souche » que les autres, subissent de nombreuses violences et discriminations qu’il faut combattre sans défaillance. Et que, trop souvent, la situation des femmes musulmanes est un prétexte pour oublier la situation des autres femmes.


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