Pour Israël, tout est bon... même Hitler !

Publié le par Ali


En tant que Grand Mufti de Jérusalem, lorsque la Deuxième Guerre Mondiale a éclaté, Mohammed Amin al-Husseini était un puissant sympathisant nazi – et une cible d’assassinat pour les Alliés. (Getty Images)
En tant que Grand Mufti de Jérusalem, lorsque la Deuxième Guerre Mondiale a éclaté, Mohammed Amin al-Husseini était un puissant sympathisant nazi – et une cible d’assassinat pour les Alliés. (Getty Images)

Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères d’Israël, a déclenché une toute nouvelle controverse en préconisant aux diplomates (israéliens) en poste à l’étranger d’utiliser une photographie datant de 1941, montrant la rencontre d’un dirigeant religieux palestinien avec Hitler, dans le but de contrer les protestations contre le projet d’implantation d’une colonie juive à Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville. 
M. Lieberman, d’extrême-droite, a ordonné que soit transmis aux ambassades israéliennes des copies de la célèbre photographie, prise durant la guerre, montrant la rencontre entre Hitler et le Mufti d’alors de Jérusalem, un sympathisant manifeste des Nazis, qui avait aidé ces derniers à monter une division SS en Bosnie. Cette manœuvre a inquiété certains diplomates israéliens chevronnés qui pensent que celle-ci sera contre-productive. Elle est arrivée après que le Département d’Etat US eut exprimé sa désapprobation à Michael Owen, l’ambassadeur d’Israël à Washington, sur le projet (israélien) de construire au moins 20 appartements pour des colons juifs sur le site de l’ancien bâtiment de l’Hôtel 
Shepherd, dans le quartier Cheik Jarrah de Jérusalem-Est. 

Ce bâtiment fut autrefois utilisé comme quartier général du Mufti, un membre de l’une des familles palestiniennes les plus en vue de Jérusalem. Dans ses dernières années et jusqu’à sa mort en 2001, le nationaliste palestinien Fayçal al-Husseini, petit-neveu du Mufti, fut un fréquent interlocuteur et un défenseur acharné des plans de paix avec Israël. 

Le projet d’implantation sur le site de l’Hôtel Shepherd a mit en lumière le fossé continuel entre une grande partie de la communauté internationale et Israël au sujet de la construction incessante de colonies à Jérusalem-Est. Ce site fut acheté dans les années 80 par une société contrôlée par Irving Moskowitz, l’un des principaux bienfaiteurs de groupes de colons d’extrême-droite. 

Tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahou est en négociations intenses avec les officiels américains concernant le gel de la colonisation en Cisjordanie qu’exige le Président Obama, il a bien fait comprendre cette semaine qu’il ne se laissera pas dissuader d’autoriser la poursuite des constructions pour les Juifs à Jérusalem-Est. La souveraineté d’Israël sur toute la ville « ne peut être contestée », a-t-il déclaré. 

Après la Guerre des Six Jours de 1967, Israël a unilatéralement annexé Jérusalem-Est – contrairement à la Cisjordanie que les Israéliens n’ont pas cherché à annexer – et considère officiellement cette ville comme la capitale indivisible d’Israël. Mais la plupart des gouvernements occidentaux ne reconnaissent pas cette annexion et soutiennent l’appel des Palestiniens à ce que Jérusalem-Est soit la capitale du futur Etat palestinien. 

Voici ce qu’a dit un officiel israélien à Jérusalem de la manœuvre de M. Lieberman : « Si la question, ici, est la souveraineté sur Jérusalem, alors faire passer une photographie historique comme celle-ci est complètement à côté de la plaque … Elle n’a rien à voir avec ça. » 

Le ministère des affaires étrangères s’est contenté de répéter l’explication de M. Lieberman, selon laquelle cette photo avait été envoyée afin que « les faits soient connus ».

George Mitchell, l’Envoyé du Président Obama au Proche-Orient, doit rencontrer en début de semaine M. Netanyahou pour discuter de la question du gel des colonisations. Un officiel israélien a prédit que le Premier ministre irait plus loin que les gouvernements précédents, en ordonnant un moratoire sur la construction des colonies en Cisjordanie. Les Etats-Unis ont exigé ce gel afin que les négociations de paix avec la direction palestinienne modérée à Ramallah puissent redémarrer. Le Président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré qu’il n’acceptera pas l’invitation de M. Netanyahou à des discussions sans le gel des colonies. 

Mais en ce qui concerne Jérusalem, M. Netanyahou a bien fait savoir qu’il suivra la ligne des gouvernements précédents – y compris de son prédécesseur Ehoud Olmert – en continuant d’y autoriser les constructions. En préparation du conseil des ministres de demain, Netanyahou a insisté sur le fait que « les habitants de Jérusalem peuvent acheter des appartements dans toutes les parties de la ville ». Il a ajouté : « Ces dernières années, des centaines d’appartements dans les quartiers juifs et dans la partie ouest de la ville ont été achetés par des habitants arabes – ou leur ont été loués – et nous ne sommes pas interférés … C’est la politique d’une ville ouverte, une ville indivisible qui ne connaît aucune séparation en fonction de la religion ou de l’affiliation nationale. » 

Parmi les protestations d’autres gouvernements, le ministère français des affaires étrangères a sermonné cette semaine l’ambassadeur d’Israël, Daniel Shek, pour réitérer son opposition à la construction des colonies, y compris à Jérusalem-Est. Quelques habitants palestiniens de Jérusalem ont loué des appartements dans certaines colonies juives à l’extérieur de Jérusalem-Est. Un juriste israélien de premier plan contre la colonisation, Daniel Seidemann, a déclaré cette semaine que la plupart des terres de Jérusalem-Ouest appartenaient à l’Etat, interdites aux non-sraéliens – une catégorie qui comprend les citoyens arabes d’Israël – d’acheter des propriétés sur cette terre. La plupart des Jérusalémites palestiniens sont des habitants légaux mais ne sont pas citoyens israéliens. Tandis qu’il n’est pas interdit aux détenteurs de cartes d’identité palestiniennes d’acheter des propriétés sur des terrains privés à Jérusalem-Ouest, M. Seidemann n’a pas connaissance de tels cas ; c’était pour des « raisons socioculturelles et économiques. » 

Le Mufti et le Führer : une rencontre entre deux personnes sur la même longueur d’onde 
En tant que Grand Mufti de Jérusalem au déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale, Mohammed Amin al-Husseini était un puissant sympathisant nazi – et une cible d’assassinat pour les Alliés. Le moment qui assura sa notoriété remonte à 1941, lorsqu’il fut photographié avec Adolf Hitler à Berlin. Al-Husseini s’y était rendu pour faire pression sur Adolf Hitler, afin que ce dernier fasse une déclaration en faveur du nationalisme arabe et contre un Etat juif. Hitler refusa cette requête pour des raisons tactiques, mais le Mufti rappela plus tard qu’il avait juré : « La suppression de l’Etat national juif fait partie de mon combat ». Peu de personnes contestent aujourd’hui qu’il était antisémite, mais que ce fait soit toujours pertinent est discutable. Après sa mort, l’hôtel qui se trouve au centre de la querelle actuelle a été acheté par un millionnaire juif américain. 
Traduction JFG-QuestionsCritiques

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