Belgique: Tintin pas content !

Publié le par Ali

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http://www.rue89.com/2009/11/21/president-de-leurope-van-rompuy-laisse-un-vide-politique-en-belgique-126774

La Belgique se retrouve aujourd'hui dans la situation d'une équipe de football modeste dont les performances sont transcendées par un excellent meneur de jeu qui lui est soudainement enlevé par une formation prestigieuse. En effet, ce 19 novembre, son Premier ministre Herman Van Rompuy a été désigné par ses pairs président permanent du Conseil européen, fonction créée par le traité de Lisbonne.

On peut évidemment déplorer que ce traité ait été imposé aux peuples européens -ou, en tout cas, à certains de ceux-ci- en contournant leur opposition. On pourrait regretter de la même manière le mode de désignation trop verrouillé des hauts responsables européens.

Toutefois, les choses étant ce qu'elles sont, Herman Van Rompuy, rompu aux difficiles négociations institutionnelles belges, semble disposer du profil adéquat pour exercer une fonction où il est indispensable de pouvoir forcer des compromis.

La Belgique satisfaite du choix de Van Rompuy, inquiète pour son départ

Dès qu'elle fut révélée, son éventuelle accession à la présidence du Conseil européen suscita une très large adhésion des milieux politiques et médiatiques belges -tant francophones que néerlandophones-, tempérée par une inquiétude relative au vide politique que laisserait son départ.

On lui sait gré d'avoir sorti la Belgique de l'impasse politique après la démission de son prédécesseur Yves Leterme à la fin 2008.

La plupart des observateurs s'accordent à reconnaître le respect qu'il affiche à l'égard de ses adversaires ainsi que sa loyauté dans l'exécution des accords conclus. Quelques notes discordantes se sont néanmoins fait entendre dans ce concert de louanges.

Dont celle de Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du quotidien français Libération, qui relevait l'intransigeance linguistique du parti d » Herman Van Rompuy (les démocrates-chrétiens flamands du CD&V) à l'égard des francophones de la périphérie bruxelloise.

Et qui se demandait de façon assez pertinente si les Flamands mettraient autant d'enthousiasme à soutenir la candidature à une fonction internationale d'un dirigeant francophone que les francophones n'en manifestent à l'égard de celle d » Herman Van Rompuy.

Une sortie de crise possible dans le dossier de la circonscription « BHV »

Il n'en reste pas moins qu'après le cours chaotique emprunté par la politique belge à l'issue des élections fédérales de 2007, Herman Van Rompuy a contribué à rétablir une certaine stabilité en Belgique.

Le gouvernement qu'il dirige a pu engranger des accords sur des points sensibles tels que la régularisation des sans-papiers ou le sort des anciennes centrales nucléaires et franchir le redoutable écueil budgétaire dans le contexte de crise économique et financière.

L'optimisme était même de mise sur le plan communautaire et sur les perspectives d'aboutir à un accord sur une réforme de l'Etat ainsi que sur l'épineuse question de la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde avant la présidence belge de l'Union européenne, programmée pour le second semestre 2010 .

Il n'est dès lors pas étonnant que la perspective du départ d » Herman Van Rompuy et de son remplacement par Yves Leterme ait secoué le monde politique et médiatique belge ces dernières semaines. L'importance prise par un seul homme dans la vie politique de la Belgique est révélatrice de la fragilité actuelle de ce pays.

Malgré ses échecs passés, le retour d'Yves Leterme se profile

Même si les libéraux francophones ont eu raison de souligner que le rapport de forces entre les familles libérale et démocrate-chrétienne au sein de la majorité pouvait justifier la désignation de leur président, Didier Reynders, au poste de Premier ministre, l'équilibre politique délicat en place rendait difficilement évitable de confier cette fonction à une personnalité du CD&V.

D'autres noms de membres de ce parti ont un moment circulé, mais la plupart des commentateurs considèrent que le retour d'Yves Leterme à la tête du gouvernement belge devrait s'imposer.

Il faut se souvenir que c'est lui qui avait conduit le CD&V à la victoire aux élections fédérales de 2OO7, en cartel avec les nationalistes flamands de la N-VA. Certes, Yves Leterme n'est pas parvenu à réaliser la réforme de l'Etat qu'il s'était engagé à obtenir devant ses électeurs, son cartel avec la N-VA a éclaté et sa prestation de Premier ministre de mars à décembre 2008 n'a pas laissé le meilleur souvenir.

Sa faible capacité à mener les négociations communautaires est épinglée alors que l'affaire de la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde se profile à nouveau dangereusement à l'horizon et qu'elle pourrait emporter le gouvernement. Mais l'homme a une revanche à prendre. Soupçonné d'intervention sur le pouvoir judiciaire dans l'affaire Fortis, il avait été contraint à la démission le19 décembre 2008.

« Etre qualifié pour accéder au pouvoir » vs « être qualifié pour l'exercer »

Rien, depuis, n'a pu être mis à sa charge et il se voit donc naturellement reprendre les rênes du gouvernement à l'occasion du départ d'Herman Van Rompuy.

Si la presse flamande ne s'est guère montrée complaisante à son égard, les réactions assez dures des médias francophones relatives à son retour -la rédactrice en chef du journal Le Soir avait émis un « veto » à ce sujet le 6 novembre- ont eu pour effet de resserrer une partie des rangs flamands autour de lui, et il apparaît comme le candidat logique du CD&V.

Plusieurs ténors se veulent rassurants et estiment qu'il faut donner une nouvelle chance à Yves Leterme. Pourtant, au stade actuel, l'action de celui-ci depuis sa victoire électorale de 2007 valide une fois de plus le constat établi par Cornélius Castoriadis de la dissociation croissante entre les qualités spécifiques pour accéder au pouvoir et les qualités spécifiques pour exercer celui-ci.


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