C'est quoi être Français ?

Publié le par Ali



Etre Français, c’est s’appeler Dupont, Duval ou Martin, avoir la peau blanche et parler français sans trop d’accent et surtout pas celui des banlieues.

Voilà le constat simple, prévisible et atterant que l’on peut ludicement tirer de ce grand « débat » du Café du Commerce initié par ce ministre d’une identité caricaturale.

En clair cela peut se traduire comme suit : vous voulez être Français, soyez comme Duval, Dupont ou Martin, devenez comme eux, avec leur manies, leur accent et leur religion sans pratique.

Vous avez un patronyme étranger, une peau basanée, voire carrément noire, votre accent n’est pas celui de Belleville ou d’Aubignan…pauvre de vous. Vous aurez beau être né en France, ne parler que la langue du pays, avoir fait des études – à la limite une circonstance aggravante- vous ne serez au mieux qu’un invité plus ou moins toléré, ne suscitant que des commentaires comme ceux dont le Ministre de l’Intérieur est coutumier : un ça va, deux bonjour les dégâts !

Lisez dans « Libération » de ce jour le témoignage de cet étudiant en quatrième année de Sciences Po, traité de « sale arabe » par des CRS qui l’aspergent, sans raison aucune, de gaz lacrymogène. Il est pourtant Français comme eux, mais il ne s’appelle pas Dupont ou Martin et à eu le malheur de se trouver sur leur chemin. Forcément suspect, forcément objet de leur ire et mépris.

Ce n’est pas le seul, ils sont des milliers et des milliers à subir tous les jours le même ostracisme lié à la couleur de leur peau, à leur faciès différent et leur accent typé.
Et ce n’est pas ce « débat » qui va arranger quoi que ce soit, permettre la rencontre salutaire entre Marcel et Momo, rassembler ce qui est épars, créer un centre qui soit celui de l’union plutôt que de la division. Nenni !

Au contraire, les peurs, les préjugés, les haines silencieuses, si tenaces, si vénimeuses vont pouvoir se donner libre cours. Salutaire déversement des clichés les plus éculés, les plus aveugles et meurtriers.

L’identité française c’est celle d’un pays héritier d’une vieille et prestigieuse civilisation dont les racines sont grecques et chrétiennes . Un pays qui a, le premier en Europe, mis l’homme au centre de son intérêt en lui conférant des droits et des devoirs. Un pays qui, toujours le premier, a voulu que cet homme ait l’esprit critique et cultive le devoir d’impertinence. Un pays frondeur avec des hommes et des femmes qui se reconnaissent dans un bouillon de culture fertile et exaltant.

Se reconnaître dans cette manière d’être et de faire, c’est cela être Français. Lire les philosophes, les poètes et s’identifier à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à l’expansion d’une culture où l’universel, sous le voile du national, a toujours eu l’humain en point de mire.

Est-ce encore le visage de la France de Messieurs Sarkozy, Besson ou Hortefeux ?
L’identité nationale ne peut être un repli, elle doit être une expansion vers tout ce que les hommes, de par le monde, ont en commun.

Mais ce « débat », on l’aura compris, n’a pas de sens humaniste, il n’est que prétexte à une mise en exergue bien politicienne, une manœuvre de diversion vulgaire mais rentable en période électorale où l’on titille le plus bas pour qu’un bulletin complice soit glissé dans l’urne.
Ce faisant, ces messieurs dégradent la France, la poussent dans le caniveau des clichés les plus infects et font de son image celle d’un bateleur cynique et madré.

L’avenir n’étant que ce que les hommes en font, je le vois sombre et menaçant.
Pauvre France !

 

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