Ces étranges "chrétiens" qui kidnappent à Haïti...

Publié le par Ali

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Ils ont soustrait des enfants d'Haïti pour les emmener aux Etats-Unis, dans leur étrange église et les éduquer dans leurs valeurs. Que sont donc ces mouvement pseudo-chrétiens qui, en dehors de toute hiérarchie, veulent faire partager- avec agressivité s'il le faut - au monde entier leur vision d'un christianisme aux antipodes de celui des Pères de l'Eglise ?


Toute idéologie a intérêt à s'asseoir sur une superstructure religieuse ou spirituelle.
Nous l'avons vu avec le protestantisme qui, légitimant le prêt à intérêt, présida au capitalisme naissant et lui donna ses lettres d'accréditation.
Le communisme, lui aussi, a copié, consciemment ou non, les archétypes religieux, comme l'a démontré magistralement Shumpeter, et a, de cette manière, transcendé son matérialisme.
Il y a quarante ans, la jeune génération américaine, gâtée par le fric des parents, la vie facile, la sexualité débridée, se cherchait une légitimité et l'a trouvée dans les sectes, les unes plus exotiques que les autres. Elle a suivi le penseur indien Sree Rajnee (qui s'est appelé, plus tard, Osho) et qui l'a confortée dans l'idée qu'après tout il n'y a pas à culpabiliser si on est jeune, riche et beau....
Aujourd'hui, la vie est moins facile, la guerre s'étend, les peuples bougent et le sida ravage toujours, alors, dans cette constante interrogation métaphysique qui différencie l'homme de la bête, les mouvements para-religieux américains ont fleuri.
Ce n'est pas nouveau, déjà, avant la guerre, l'écrivain Sinclair Lewis dressait, dans son roman « Elmer Gantry », le portrait d'un prêcheur qui persuadait les laissés pour compte de la « grande dépression » que tous leurs malheurs étaient la conséquence de leurs péchés et que les riches l'étaient grâce à leur vertu. Pauvres gens qui payaient pour entendre de pareilles inepties !
Les communautés religieuses aux Etats-Unis n'ont jamais eu autant d'influence que de nos jours. Toutes les villes du pays sont entourées d'un « church belt » (une ceinture d'églises), les unes plus imposantes que les autres. Et, quand on sait qu'aux Etats-Unis, la séparation des églises et de l'Etat est rigoureuse, on imagine les sommes que les fidèles doivent verser pour les bâtir et entretenir.
Toutes les églises qui se situent dans la mouvance protestante dite « évangélique », se caractérisent par une absence de hiérarchie structurée, voire par aucune hiérarchie du tout, et un fondamentalisme absolu excluant toute forme de théologie ou d'exégèse critique des textes.
Ce qui est écrit dans la Bible est suffisant  et s'entend parfaitement par tout lecteur. On mesure le danger de pareille assertion.
La plupart de ces mouvements justifient l'action économique et politique nord-américaine en extirpant des passages bibliques de leur contexte, en négligeant ceux qui leur sont défavorables (le célèbre « malheur aux riches » de Jésus par exemple). Ils soutiennent l'idée que le peuple des Etats-Unis est un nouveau « peuple élu » dont la mission est de propager ses idéaux au monde entier.
Ils sont persuadés que si tous les juifs regagnent la « terre promise », c'est-à-dire l'entité sioniste en Palestine, ils se convertiront spontanément à leur « christianisme ».
Et pour la majorité d'entre eux, l'islam est l'Antéchrist !
Tout connaisseur du christianisme aura de suite compris l'inanité de ces croyances.
Mais, pour le pouvoir américain en place, cette dernière est un gage de conformité pour une frange importante de la population, à leur manière de faire, de dire et de le diffuser.
Ils sont, quand même, plus de trente millions aux Etats-Unnis !
Que des groupes religieux accordent ainsi, sans esprit critique, leur bénédiction à « l'american way of life and thinking », muselle à moindre frais l'opinion publique, c'est déjà ça de pris.
Plus ou moins illuminés, plus ou moins fanatisés, ces groupes supportent les politiques menées par les différents gouvernements. Ils ont, dans leur immense majorité, cautionné la politique de Bush en Afghanistan et en Irak, ils s'opposent aujourd'hui à la couverture générale de santé proposée par Obama, ce qui du point de vue de la charité chrétienne est, pour le moins, curieux.
Du temps de Bush, un de leurs principaux dirigeants, Pat Robertson, avait ses entrées à la Maison Blanche, c'est lui qui a proposé, sans plus, d'assassiner Chavez. Il a été désavoué par son église, quand même ! Mais conserve toujours sa paroisse et sa parole.
Comme dans toutes sectes, les affidés ont la conviction d'être les vrais et les purs. Que le christianisme se soit manifesté depuis deux mille ans sous diverses confessions, catholiques, orthodoxes, luthériennes et calvinistes, les laissent froids, c'est leur façon de le vivre et de le répandre qui est la bonne, pas de discussion la dessus.
D'où l'envoi de « missionnaires » en Amérique latine (chasse gardée des Etats-Unis), et partout ailleurs dans le monde, y compris dans les pays d'antique tradition chrétienne, comme la Russie et la Grèce (qui les accueillent très mal, faut-il le souligner...)

En France aussi, leurs églises poussent presque comme des champignons; elles attirent du monde par leur côté populaire, quasi festif, leur manière de conduire des offices où le discours est réducteur, facile et compréhensible.
Ce succès est aussi dû à la déchristianisation de la France et donc à la méconnaissance lamentable que les gens ont de la religion de leurs pères.
Le christianisme n'est pas une morale sexuelle, c'est un message qui appelle le croyant à parfaire un monde imparfait. L'idée de justice est au coeur du christianisme et la charité n'est pas une vertu pour dames patronnesses, c'est un dépassement de soi et une remise en question.
Bien plus difficile que de pousser des « alleluia »  et se trémousser au son de rythmes syncopés en laissant Dieu aux commandes de sa vie.
Dieu, précisément, n'est pas un commandant de bord. Il est Lumière. La foi peut être une carte, un programme, une force, mais c'est toujours le croyant qui assume ce qu'il fait et dit.
La liberté de croire ou non est inséparable de la responsabilité que toute liberté entraîne.
Et c'est précisément cette responsabilité que les sectaires réfutent; Dieu (et la secte) s'occupe de tout, eux préfèrent subir qu'agir.
C'est l'éternelle abstention qui tente tout homme: se laisser aller dans l'existence et ne pas y imprimer sa marque; se réfugier dans le « on » (en l'occurence la secte), plutôt que dans le « je » et préférer à la Parole, la causerie rassurante.
Si les pouvoirs en place contrent les sectes les plus marginales, elles laissent faire tous ces groupements, plus ou moins sectaires, qui se réclament de ce qu'ils appellent le christianisme (on en a vu se réclamer du bouddhisme ou de l'hindouïsme) qu'ils adaptent à leur sauce et servent tout préparé.
Il serait grand temps que la christianisation véritable reprenne force et vigueur, les gens sauraient ainsi que ne peut se réclamer du Christ n'importe qui, et ils citeraient ce passage de Matthieu, 7.15
« Gardez-vous des faux prophètes, ils viennent à vous déguisés en agneaux, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs ».

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