Comme une nostalgie d'Empire...

Publié le par Ali

Frederic-II-copie-1.jpgFrédéric II de Hohenstauffen


C'est l'article de M. Verhofstadt, député européen et ancien premier ministre belge, paru dans Le Soir et que j'ai relayé qui m'a fait réfléchir. Il se plaignait que l'Europe des 27 ne soit plus que la Suisse du monde. Une entité commerciale, financière puissante, mais inopérante sur le plan politique.
Alors, j'ai fait un rêve...
Pourquoi n'opposerions-nous pas à cette Europe mercantile, technocratique, anonyme et froide, une autre ? Celle qui vit le jour au XIIIem siècle sous la houlette de l'empereur Frédéric II de Hohenstauffen, « stupor mundi » (étonnement du monde) comme il fut qualifié après sa mort ?
Il régnait sur le Royaume de Sicile, soit l'île et toute l'Italie du Sud, sur l'Italie du Nord et fut élu empereur Germanique. Il réussit le tour de force de se faire reconnaître Roi de Jérusalem, y compris par les musulmans, et sans faire couler une goutte de sang. Il entretenait avec les rois du Proche-Orient des relations d'amitié et de respect mutuel.
Sous son règne le commerce fut florissant, les arts libérés, les sciences exaltées et la religion tolérante. Sa garde personnelle était composée de mercenaires musulmans qui lui furent plus fidèles que ses barons.
Cet Empire s'étendait de Hambourg à Palerme, une langue administrative et véhiculaire l'unissait: le latin.
Seuls les Papes trouvèrent à y redire, eux dont les territoires étaient pris en étau entre le Nord et le Sud de l'Empire. Ils l'excommunièrent par deux fois, complotèrent contre sa puissance. Les Papes n'ont pas toujours été de grands poltiques.
Les régions de ce vaste empire étaient autonomes, elles parlaient leurs langues et patois, géraient leurs cités et rendaient compte à un monarque éclairé.
Prenons, voulez-vous, une fédération d'état européens comme la Belgique, le Luxembourg, la France, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Ces états ont en commun une histoire intime et, à quelques exceptions près, la même religion historique: le catholicisme..
Ils ont tous connu l'empire romain, le moyen-âge, le quattrocento, la renaissance, les philosophes, les révolutions et l'aventure coloniale. Ils se sont aimés et ils se sont stupidement fait la guerre..
Imaginons qu'ils s'unissent sur une base nouvelle: gouvernance unique centralisée au niveau de l'union, disparition des gouvernements nationaux, mais permanence des régions qui voient leurs compétence culturelles, économiques et fiscales renforcées. Le gouvernement central dirige la politique économique, la monnaie, l'armée et la politique étrangère.
Une langue administrative unique sera véhiculaire. Pourquoi pas le latin ?
Rêvons que cet état s'affirme indépendant de toute alliance imposée, qu'il renforce sa défense et entende conclure un pacte d'amitié et de collaboration avec des pays d'Afrique et la Turquie.
Une collaboration excluant toute arrière-pensée impérialiste, un honnête donnant-donnant.
Commercialement et économiquement, ce nouvel état occupera à lui tout seul une place de premier plan.
Voyons plus loin: il scelle une alliance avec la Russie. Alliance économique et militaire. Il propose à la Russie son savoir faire, il crée un partenariat pour développer ses immenses réserves de matières premières.
Vous voyez d'ici le bouleversement mondial qu'apporterait cette nouvelle donne sur la scène mondiale.
Et les autres pays européens me diriez-vous ?
Rien ne les empêche de rejoindre la fédération. Mais croyez-vous que les Britanniques joueraient le jeu sans arrière-pensée ? De même pour les Néerlandais, plus préoccupés de commerce que de vision exaltante. Les pays slaves du nord de l'Europe, comme les scandinaves, pourraient se constituer en fédérations alliées, de même pour ceux des Balkans où la Grèce à sa place.
Oui, mais nous n'avons pas de Frédéric de Hohenstauffen... 
Alors, c'est bien simple, à défaut d'avoir l'original, soyons une minorité à vouloir lui ressembler.
Oui mais, il y aura des oppositions...
C'est clair ! Et elles viendront de ces groupes économiques et financiers qui se disent mondialistes mais qui, en fait, ne roulent que pour eux-mêmes, qui s'installent quelque temps dans une région, l'exploitent dans tous les sens du terme, et puis s'en vont ailleurs réitérer leur coup. Ceux là, c'est bien simple, ils n'ont pas leur place dans cette entité qui entendra contrôler ses flux financiers, sa politique énergétique et la grand distribution. L'Europe dont nous rêvons n'est pas celle des administrateurs de sociétés.
Oui mais, le peuple comprendra-t-il ?
Le peuple sent d'instinct ce qui sera bon pour lui. Il peut se tromper, c'est déjà arrivé, mais son instinct lui dicte, à un  moment donnée, que telle voie est la bonne ou la moins mauvaise. Le peuple suit la voie, ce sont les guides qui la tracent.
Oui mais, pour faire quoi, tout ce ramdam ?
Mais pour vivre tout simplement, et conformément à notre nature propre.
Croyez-vous que nous soyons sur terre pour travailler stupidement dans des usines qui fabriquent des camelotes qui ne servent qu'à nous faire consommer ?
Nous sommes ici bas pour apprendre, nous cultiver, jouir des fruits de l'existence, nous aimer, faire des enfants, les élever et pas nous concurrencer sur des marchés de cucurbitacées ou de dérivés du pétrole.
Nous ne sommes pas ici bas par l'effet d'une punition divine, dans une vallée de larmes comme le répètent ad nauseam les évangéliques américains. L'existence est aussi une jouissance, et si elle  ne l'est pas, elle doit le devenir. Nous sommes sur terre pour jouir et puis mourir.
Et comme on ne jouit jamais seul, autant jouir avec les autres. C'est vrai dans la vie, comme ce l'est en amour. Alors, respectons l'autre et, si possible, aimons-le.
Frédéric II l'avait compris, lui à qui répugnait la guerre, qui admirait les subtilités de l'art et sa déclinaison parmi les peuples, les nations, les religions.
L'Europe naine, impuissante et muette, celle qu'aiment les hommes d'argent, ceux qui conditionnent notre vie à leurs intérêts, ceux pour qui seule importe notre survie, cette Europe là, qu'on la casse ! 
Oui mais pour en arriver là, il faudra...
Une révolution ! Mais ne vous imaginez pas toujours une révolution dans le bruit et la fureur. Elle peut être feutrée,  arriver sans tambour ni trompette, s'installer en catimini et déclarer: me voilà !
Les délocalisations qui assassinent le tissu social, le travail précaire,les abus des banquiers, ceux des patrons, la morgue des politiciens, l'emploi qui n'arrive plus à faire survivre, l'angoisse du lendemain, ce sentiment d'être dépassé, de ne plus être dans le coup, vous ne vous attendez tout de même pas à ce que cela reste sans suite, que le peuple qui souffre acceptera son sort sans bouger, sans faire un geste, fut-il de désespoir.
Sans suivre, ne fut-ce que pour voir, ceux qui lui promettent plus de justice, de solidarité, de fraternité vraie.
Le champ est là qui ne demande qu'à être ensemencer. 

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Schlabaya 10/01/2010 14:07


Je ne suis pas sûre qu'une souveraineté européenne qui transcenderait les frontières nationales serait plus juste et plus démocratique que ce que nous connaissons. Quant au latin comme langue
véhiculaire, peu de personnes le parlent encore... Le roi dont vous parlez n'avait pas à justifier sa souveraineté, mais maintenant la démocratie est une exigence légitime. Difficile de se
reconnaître dans un gouvernement élu par cinq ou six nations différentes...