Copenhague: jets privés, petits-fours, limousines et putes...

Publié le par Ali




Un jour normal, Majken Friss Jorgensen, directrice exécutive de la plus grande société de location de Limousines de Copenhague dit que sa société a 12 voitures en location. Lors du sommet « Sauvons le Monde » qui s’ouvre le 7 décembre, elle en aura 200. 

« Nous pensions qu’il n’y aurait pas beaucoup de voitures, étant donné que c’est une conférence sur le climat » a-t-elle dit. « Mais il semble que quelqu’un a regardé le bulletin météo la semaine dernière ». 

Ms Jorgensen admet qu’entre elle et ses concurrents, le nombre total de Limousines à Copenhague la semaine à venir va franchir la barrière des 1200. Rien que les Français en ont réservé 42 Jeudi. 

»Nous n’avions pas assez de Limousines dans le pays pour répondre à la demande » a-t-elle dit. « Nous avons du les faire venir d’Allemagne et de Suède, des centaines de Km de route. » 

Et quel est le nombre total de voitures électriques ou hybrides ? 

5, selon ce que dit Ms Jorgensen.« Le gouvernement a quelques voitures alternatives mais le reste roule à l’essence ou au diesel. Nous n’avons malheureusement aucun véhicule hybride au Danemark, à cause des taxes très élevées sur ces voitures. Cela n’a pas du tout de sens, mais c’est très danois ». 

L’aéroport a dit qu’il attend jusqu’à 140 jets privés en plus lors de la seule période de pointe, bien au-delà de sa capacité de sorte que les avions devront aller se garer sur des aéroports régionaux- ou en Suède – revenant ensuite à Copenhague chercher leurs passagers VIP. 

La capitale danoise sera bénie par la présence non seulement de 15 000 délégués et fonctionnaires, 5000 journalistes et 98 chefs d’état, mais aussi par celle de Leonardo Di Caprio, Daryl Hannah, Helena Christensen, l’Archibishop Desmond Tutu, et le Prince Charles. Un Sénateur Républicain, Jim Inhofe, a pris la tête d’un « Escadron de la Vérité » anti changement climatique. Les hôtels les plus chics – sont tous réservés 650 £ la nuit – et ont préparé leur menus pour la conférence sur le climat avec des escalopes (sans aucun doute durables) du foie gras, et des canapés au caviar. 


 

A l’autre bout de l’éventail de participants, les rues propres de Copenhague commencent à se remplir de protestataires moins reluisants venus de toute l’Europe. Dans la fameuses commune anarchiste de la ville, Christina, ce matin, parmi les dealers de hash et les murs lourdement chargés de graffitis, ils ont commencé leur deux semaines de « Rencontre d’En Bas sur le Climat » complétée par «des contes de Yourt » » et « des Funérailles du Jour » pour différents concepts corrompus «réchauffants»tels celui de la «croissance économique». 

Le gouvernement danois consacre astucieusement un million de couronnes (120 000£) pour mettre à disposition des protestataires du KlimaForum « pour organiser une « conférence parallèle » le magnifique centre sportif DGI-byen. Les responsables admettent qu’ils espèrent ainsi qu’ils dépenseront leur jeune énergie sur le mur d’escalade, dans les piscines derniers cris, et au bowling. Cependant, juste au cas ou, le Danemark s’est fait livrer un canon à eau, le premier jamais vu dans ce pays – ainsi que l’octroi de nouveaux pouvoirs policiers écrasants. Les autorités nous ont fièrement montré leur nouvelle prison temporaire, 360 cages dans une fabrique de bière désaffectée, pouvant héberger 4000 détenus. 

Et comme on est en Scandinavie, même les prostituées font leur part pour la planète. 

Scandalisées par une carte postale du Conseil priant les délégués d’ »être durables de ne pas acheter de sexe » le syndicat des travailleuses du sexe local – ils ont des syndicats ici – a annoncé que tous ses 1400 membres fourniront une passe gratuite à tout délégué muni d’un pass de la conférence. Le terme « rendez vous carbone » a pris un tout nouveau sens.

 Au moins le sexe sera CO2 neutre. Selon les organisateurs, les 11 jours de conférence dont les voyages des participants vont produire un total de 41 000 Tonnes d’équivalent CO2 soit ce que produit pendant la même période une ville de la taille de Middlesbrough (environ 142 00 habitants) 

On serait alors tenté de balayer tout ceci comme un grand cirque ridicule. Bon nombre de participants n’ont pas vraiment besoin d’être là. Et loin de « sauver le monde » les dirigeants du monde se sont déjà entendus pour que cette conférence ne produise aucun accord contraignant, simplement une déclaration d’intention intérimaire. 

Au lieu de réductions en douceur et modestes de CO2 – disons 2% par an, débutant l’année prochaine- pour lesquelles ils pourraient être tenus responsables, les politiciens vont agiter des objectifs grandioses de 80% de réduction pour 2050, alors que la plupart de ces dirigeants ne seront plus en vie à ce moment là, encore moins en poste. 

Même s’ils s’étaient mis d’accord sur quelque chose de contraignant, l’expérience passée suggère que les participants ne se sentiraient pas en fait tenus de le respecter. La plupart des pays – à l’exception de la Grande Bretagne – sont sur le point de violer les modestes engagements pris lors du dernier sommet de Kyoto. 

Et alors que les délégués se rencontrent, ils le font sur fond de polémique. Pour la première fois non seulement les méthodes mais l’objectif dans son intégralité de l’agenda du changement climatique sont remis en question. Des emails rendus publics de scientifiques de renom conspirant pour truquer les données ont porté eux même un coup à leurs revendications et revigorer le lobby des sceptiques du changement climatique. L’Australie a refusé de voter des lois sur le changement climatique. La semaine dernière, le Secrétaire à l’Energie, Ed Miliband, a mené une attaque particulièrement virulente contre les « saboteurs » du changement climatique, montrant à quel point le gouvernement craint que le soutien à la cause s’amenuise. 

A Copenhague, certains délégués se sont montrés plus humbles. « Si nous échouons, l’une des raisons pourraient bien être notre confiance aveugle » a dit Simron Jit Signh, de l’Institute of Social Ecology. » Parce que nous sommes ici discutant avec des gens qui probablement sont d’accord entre eux, nous pouvons être aveuglés par les défis posés aux autres en face. Nous pensons que nous sommes les bons , les dévoués sauveurs, et qu’ils sont les méchants ». 

Comme l’a suggéré Mr Singh, la question intéressante n’est peut être pas si ceux qui soutiennent le changement climatique défendent la bonne cause scientifique – probablement que oui – mais s’ils le font correctement. Certains mènent campagne en utilisant des prédictions apocalyptiques, une attitude de religiosité vertueuse – des cérémonies funéraires pour la croissance économique et autres choses du même genre – mais cela peut être aliénant, ce qui pourrait expliquer pourquoi le publique en général ne semble pas partager l’urgence ressentie par ceux qui sont à Copenhague cette semaine. 

Mr Miliband a fait récemment un commentaire plutôt perspicace disant que c’était vital de donner aux gens une vision positive d’un futur pauvre en carbone. « Si Martin Luther King était venu disant « j’ai fait un cauchemar » les gens ne l’auraient pas suivi « a-t-il dit. 

Ces deux prochaines semaines, cette vision positive pourrait bien émaner non pas de la rhétorique surchauffée du centre de la conférence, mais de Copenhague même. Mis à part les Limousines, c’est une ville totalement remplies de vélos, avec des immeubles anciens rénovés sur un principe d’économie d’énergie, et qui semble représenter les plaisirs civilisés d’une vie en bas CO2 sans le puritanisme tant aimé des verts anglais. 

Et à l’intérieur du hall, tout ne semble pas mauvais. Même la brusque hausse de demandes de Limousines pourrait être un bon signe. Cela veut dire que les élites sont plus nombreuses à venir sentant qu’il va se passer quelque choseici. 

Les US, qui avaient rejeté Kyoto, sont maintenant parties prenantes, bien que timidement pour la plupart des délégués. La décision du Président Obama de rester plus longtemps à Copenhague pourrait signaler une sorte d’accord entre l’Amérique et la Chine : une nécessité pour une action mondiale réelle, et quelque chose qui pourrait être présenté comme une « victoire » pour les discussions. 

Cette semaine l’air chaud sera écrasant, tout le processus carrément risible, mais c’est bien trop tôt pour considérer cette conférence comme un échec.

 

Andrew Gilligan 05/12/09 Daily Telegraph

 

Traduction Mireille Delamarre 

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