Europe: vérité et mensonges

Publié le par Le blog des amis d'Ali

Michel Boujut est journaliste, critique de cinéma et écrivain, il s'exprimait le 6 décembre dernier dans Médiapart.

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Vérité et mensonges

Jour après jour, l'Europe en perdition (si confuse, siridicule, si décevante dans son impuissance) s'enfonce dans ce que personne n'aencore vraiment osé définir. Une zone grise, un paysage sinistré, un horizon sombre. La paupérisation est à l'œuvre, tel un spectre glacé. Le FMI et les agences de cotation dictent leur loi d'airain aux peuples qui perdent pied et que la peur étreint. La peur si dangereuse qui mène au repli sur soi, àl'exclusion, à la haine de l'autre, à l'intégrisme, au réveil des pires instincts : on ne connaît que trop la chanson ! Où qu'on se tourne lacolère monte partout. Les rues de Londres, de Lisbonne, d'Athènes, de Rome, de Paris ou de Dublin, comme un fleuve en crue, se remplissent de citoyens que l' « austérité » désespère et qui demandent justice. Car c'est à eux qu'on demande de payer les pots cassés, pas aux fauteurs de crise, les rois de la finance, ni aux élus qui ont pudiquement fermé les yeux, leurs complices en nuisances.

Chez nous, le pouvoir sarkozyste développe suspicion, défiance etdiscrédit. Jamais, sans doute, les « serviteurs de l'Etat » n'ont été plus vilipendés. Et à juste titre, faut-il le préciser. Va-t-on m'accuser de populisme ? C'est le refrain à la mode, celui qu'entonnent nos élites autoproclamées qui se gargarisent de leur sens des responsabilités. Ceux-làmême qui poussent des cris d'orfraie devant les révélations du site WikiLeaks mettant en ligne des centaines de milliers de télégrammes adressés au département d'Etat américain par ses diplomates-espions.

Après Hubert Védrine, Alain-Gérard Slama, Bernard Guetta et autres bien-pensants, c'était jeudi dans« Libération » Elisabeth Roudinesco - la dame pipi du temple freudien- qui dénonçait avec véhémence « la dictature de la transparence »,tout en ironisant sur les secrets de polichinelle de ce grand déballage sur laplace publique. Est-ce à dire qu'elle préfère la dictature de l'opacité ? Sous cet éclairage cru, les grands de ce monde se révèlent hypocrites, menteurs,falots, vaniteux, sans conscience ni convictions, à l'image de Laurent Gbagbo,Ubu de la Côte d'Ivoire que son « ami » Jack Lang est venu soutenir ostensiblement entre les deux tours. (Au nom de quelle fidélité, de quelle dette, le saura-t-on un jour grâce à WikiLeaks ?) Les élections sont défavorables au dit Gbagbo, qu'à cela ne tienne, il se fait investir en grande pompe par ses affidés, engageant une épreuve de force qui risque fort de provoquer un nouveau bain de sang.

 Ment-il luiaussi, Pierre Le Guennec, l'électricien retraité des Alpes-Maritimes, retrouvé en possession de 271 œuvres inconnues de Picasso, collages cubistes, gouaches, carnets de dessins et lithographies ?  Les héritiers du peintre sont convaincus qu'il y a eu vol et ont déposé plainte. Cette énigme en trompe-l'œil eût pu inspirer une comédie grinçante au grand Mario Monicelli (95 ans) qui a quitté ce monde lundi ensautant d'une fenêtre d'un hôpital romain. « Sans la mort, la faim, la maladie et la misère nous ne pourrions pas faire rire en Italie », disait celui qui appelait ses compatriotes à chasser « l'usurpateur » Berlusconi, autre cible de choix de WikiLeaks. Fallait-il que le vieux metteu ren scène fût en colère contre la vie, contre son pays, contre lui-même pour sejeter ainsi dans le vide... On regardera désormais d'un autre œil ses films : « Mes chers amis », « la Grande guerre »,« l'Armée Brancaleone », « Nous voulons les colonels » ou « un Bourgeois tout petit, petit »...

Vite, un festival Monicelli à Paris !  

 

Michel BOUJUT

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