Faut-il haïr les Etats-Unis ?

Publié le par Le blog des amis d'Ali


liberté

"La liberté éclairant le monde", oeuvre du Français Bartoldi.

 

 

 

Qu’on s’entende bien : haïr les États-Unis d’Amérique, ce n‘est pas haïr les habitants de ce pays. Ces derniers, pour autant qu’ils ne soient pas de cette « superclasse » si élitiste et étrangère au peuple, en sont, tout autant que les autres déshérites de la terre, les victimes. La crise financière c’est dans leur chair, eux aussi, qu’ils l’éprouvent.

Et puis, pourquoi haïr ? La haine est un sentiment violent, de la même essence que l’amour, réservons-le au Mal, à l’Injustice, au Mensonge, mais pas aux hommes. L’homme est un être mauvais parce que faible et timoré. La femme ne vaut pas mieux, mais tous deux méritent notre compassion.

Les États-Unis sont un pays d’incultes. Ainsi, Cuba est le pays américain le plus alphabétisé, la Libye l'est plus que les États-Unis !. Mais les États-Unis cultivent les contrastes ; pays d’analphabètes, mais qui compte les plus grands savants dans pratiquement tous les domaines, de la physique des neutrinos à la civilisation altaïque. Quelques universités, privées, tiennent le haut du pavé et sont reconnues mondialement. Les autres sont, plus ou moins, des écoles pour techniciens d'élite.

Les Américains ne lisent pas de journal. A la rigueur, la gazette locale qui est gratuite, ils regardent en majorité la télévision de proximité et ne lisent pratiquement pas de livres ! Les grands éditoriaux des quotidiens new-yorkais ou de la capitale ne touchent qu’une petite minorité de gens qui se connaissent, se fréquentent, se compliment, couchent entre eux et médisent à qui veut mieux. Ils n’ont aucune influence sur le peuple de Columbus, Ohio, ou de Boulder, Colorado.

La majorité des Américains, quoi qu’on en pense, ne voyage pas. Quand ils le font, c’est en vitesse et sans aucune curiosité pour la manière de vivre et de faire de l’autre. Ils ramènent tout à l’interrogation : comment peuvent-ils vivre autrement que nous ? Il y a des Français qui ne font pas mieux, mais ce n’est pas notre propos.

En fait, ils restent profondément isolationnistes. Les deux guerres mondiales, le peuple n’en voulait pas. De nos jours, il faut que l’État leur serine jour et nuit que c’est pour éviter le terrorisme dans leur village que l’armée campe en Irak et en Afghanistan, pour qu’ils souscrivent à ces expédions. Si Roosevelt avait procédé a un referendum avant de se lancer dans la guerre contre les Allemands, nous savons aujourd’hui qu’il eut été désavoué par le scrutin populaire. Les Américains n’aiment pas sortir de chez eux.

Paradoxe frappant que celui-là : une nation impérialiste non pas par le peuple qui cherche de nouveaux territoires, mais par les marchands qui veulent placer leur marchandise et qui, pour ce faire, entrainent la nation dans les plus risquées des aventures guerrières.

Alors, pourquoi, nous Européens, différons-nous tellement d’eux ?

Il faut chercher la différence dans l’absence de distinguo qu’ils font entre « personnalité » et « individualité ».

Je donne une courte explication. La personnalité vise à reconnaître l’habitant de la Cité en tant que tel, soit un homme intégré dans le corpus social avec une griffe qui lui est propre mais qui, en rien, ne s’oppose drastiquement au consensus général. La « personne » est un concept éminemment grec, celui de l’homme reconnu et intégré en tant que tel.

 

L’individu est celui qui se construit seul, sans le cadre social dans lequel il est supposé s’intégrer et, à la limite, en conflit avec ce dernier. Cette intégration est même absente de son esprit. Il s’affirme « en tant que tel », sans tenir compte de la configuration politique et sociale dans laquelle il évolue.

Construire la personne est le propre de l’humanisme cher aux Grecs et à leur zélateurs. L’individualisme n’est pas un humanisme, c’est une indifférence aux autres, voire un égoïsme exacerbé.

Cette dérive du personnalisme à l’individualisme a été favorisée par la doctrine protestante puritaine qui, en s’opposant à l’État et, a fortiori, à toute institution religieuse, place l’homme seul face à un Dieu auquel il doit rendre compte à l’exclusion de toute autorité humaine.

Ils occultent donc la « polis » des Grecs, l'ecclesia des Chrétiens et la « Oumma » des musulmans.

D’où leur croyance que l’humanité est divisée en deux : les bons, qui sont, bien entendu, ceux qui partagent cette vision et qui, d’avance sont « sauvés », et les autres qui eux, d’avance sont, « damnés ».

C’est avec une bonne foi désarmante et une naïveté d’enfant que l’Américain moyen analyse à l’aune de sa croyance le monde qui l’entoure. Et son jugement est sans appel.

Voyez l’inhumanité de leur régime répressif, leurs prisons destructrice de la personnalité du détenu (fait-on mieux en Europe aujourd’hui ?), leur attachement à la peine de mort et à la possession d’armes.

Ce qui précède ne serait qu’un constat géo-sociologique, s’il n’y avait dans les faits une « américanisation » rampante qui se traduit dans notre façon de vivre, de boire et de manger, de dévoyer nos relations sociales et d’estimer que ce qui se passe outre-Atlantique est le cours irréfutable de l’histoire.

Revenir à nos fondamentaux d’Européens, hériters de la vision grecque du vrai et du beau (kala te kagatha), n’est-ce-pas rester fidèles à ce que nous sommes et refuser de devenir ce que nous ne sommes pas ?

Et certainement pas des être haïssant !

 

 

 

 


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