Franc-maçonnerie: la fin des fantasmes

Publié le par Ali

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Il y a dix jours, la Chambre de justice maçonnique du Grand Orient de France, après avoir lu dans tous les sens, la Constitution et le Règlement général de cette Obédience maçonnique, la plus importante de France et la plus vieille du monde, a constaté que nulle part il était mentionné que le Grand Orient de France était réservé aux hommes. Par conséquent, cette instance judiciaire a permis aux Loges qui le souhaitent d'avoir pour membres des femmes et,  par la même occasion, a régularisé la situation de six ou sept femmes reçues dans cette Obédience en 2008, en violation de la décision du « Convent », instance législative de l'Obédience, de ne pas les recevoir.

Le conseil de l'ordre du Grand Orient, l'instance exécutive, a décidé de faire appel de cette décision.

Voilà à quoi s'occupent ces Francs-Maçons, dont l'article 1er de leur Constitution stipule que leur « institution est progressive et travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité » ? 

Si ce n'est pas de la discussion sur le sexe des anges, c'est quoi ?

Le « pouvoir occulte » des Francs-Maçons, « l'influence des francs-maçons », sont des « marronniers » que les journalistes en mal de papier vous ressortent tous les trois ou quatre mois.

La réalité est beaucoup plus prosaïque: le « pouvoir » des francs-maçons » est, aujourd'hui, une légende.

Il y eut, c'est vrai, dans le passé, une influence considérable des Loges sur la vie politique, mais curieusement, ce fut toujours dans le sens voulu par le pouvoir en place. Et surtout quand ce pouvoir était autoritaire.

La France sous la monarchie absolue voit une explosion de Loges qui toutes, sans exception, proclament leur attachement à la monarchie et leur conformité à la philosophie du pouvoir en place. Durant la Révolution, qu'elles n'ont jamais encouragée,  les loges sont décimées par les révolutionnaires et les maçons autant décapités que les non-maçons.

C'est sous Napoléon que la franc-maçonnerie prend son envol. Mais sous le contrôle strict de l'Empereur, dont le propre frère est Grand-Maître de l'Ordre. C'est pour lui, qui n'a jamais été maçon, un bon moyen de diffuser ces idées de « république impériale » un peu partout en Europe. On peut, alors, parler d'osmose entre le pouvoir et les Loges.

Même influence sous la troisième république, ce modèle d'esprit bourgeois conformiste qui se pique d'anti clériclaisme pour faire intellectuel. Les maçons, à l'ombre de leurs Loges, concoctent la loi de séparation des Eglises et de l'Etat qui sera votée en 1905.

Après, ce sera la guerre, qui verra un ministre franc-maçon appuyer l'idée, éminemment  catholique, de faire de Jeanne d'Arc, la sainte tutélaire de la France !

Aujourd'hui, des gens influents sont francs-maçons, plus beaucoup, il faut bien l'écrire, et si ces gens sont influents, ce n'est pas grâce au pouvoir des Loges, mais à leurs talents propres et à leurs relations qui, en majorité, n'ont rien à voir avec la franc-maçonnerie. 

Ainsi, dans le gouvernement actuel, nous avons un ministre, membre du Grand-Orient, qui est franchement détesté par les autres membres de l'Obédience qui l'accusent d'avoir « utilisé » les loges pour sa promotion personnelle.  C'est probablement vrai, tant il est patent que, dans bien des cas, ce ne sont plus les Frères qui sont au service de la Loge, mais bien le contraire !

La franc-maçonnerie attire encore, parce qu'elle vit sur ses acquis qui font d'elle une société mystérieuse, où la fraternité serait le ciment qui lie tous ses membres, lesquels s'engagent, en toute circonstance à s'entraider mutuellement. Comme c'est beau ! Comme c'est faux !

La réalité veut que dans les Loges se côtoient, civilement, cela va de soi, des gens issus de milieux divers: fonctionnaires, enseignants, professions libérales, lesquels s'adonnent à l'étude de la symbolique et discutent, plutôt librement, de question d'éthiques, politique notamment.

Les questions que le Grand-Orient propose à l'étude des Loges sont d'un niveau inférieur au bac, elles traitent de la discrimination, de l'intégration des immigrés, de la défense de la laïcité etc..

Cela ne mange pas de pain et bien des Loges ne prennent même pas la peine d'y répondre.

La franc-maçonnerie en France,véhicule de nos jours encore beaucoup de fantasmes alors qu'elle est, au mieux, un havre où des hommes et des femmes, ou des hommes sans femmes, peuvent se retrouver sous des titres pompeux du genre: Grand Elu de la voûte secrète, Souverain Prince Rose-Croix, Prince du Liban, Chevalier de la hache ou plus simplement, et sans rire...Ecossais Napolitain !...

Au pire, une occasion de faire des affaires (mais pour ces dernières, Rotaries, Lyons et les autres valent mieux !), ou de se leurrer en s'imaginant que ce monde étrange fait de signes de mots et d'attouchements confère à celui qui y est initié une dignité per se qui le place au dessus du vulgum pecus des profanes, ces malheureux qui végètent « à la porte du Temple » comme ils disent.

Allons, remettons les choses en place: se braquer sur la franc-maçonnerie, c'est dépenser de l'énergie pour pas grand chose. Laissons ces (vieux) messieurs-dames vaquer à leurs rituels, (toujours authentiques, anciens, et dûment certifiés !!),  porter leur tablier, gants (pas très) blancs et pousser des exclamations en mauvais hébreu ou en latin de cuisine.

Il y a d'autres chats à fouetter !

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