Haïti, son histoire, son pétrole et les Etats-Unis

Publié le par Ali

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L'histoire d'Haïti est emblématique du colonialisme.

Premier pays à se libérer de ses exploiteurs, première république noire, c'est aussi l' histoire de libérateurs qui se  muent, à leur tour, en dictateurs par pur mimétisme de ce qui fut avant leur libération.

Imaginez un noir, battant les troupes de Napoléon -vingt-cinq mille hommes quand même - envoyés par l'Empereur pour reprendre ce que la Révolution avait accordé à l'île: la reconnaissance de son indépendance et l'abolition de l'esclavage. Ah, le généreux, le magnanime empereur ! Il est battu, ses troupes doivent rembarquer et l'île est libre.

Et plus tard, le roi de France Charles X (qui se souvient encore de celui-là ?) qui acceptera l'indépendance d'Haïti contre paiement d'une somme de plusieurs dizaines de millions de francs de l'époque. Le colonisateur ne pouvant plus exploiter, il fallait bien l'indemniser, logique de ce temps !

Mais les forces coloniales ne demeurèrent pas indifférentes. Anglais, Espagnols attisèrent les uns contre les autres, les mulâtres contre les noirs, ces derniers entre eux et ainsi de suite. Ils pratiquèrent ce qu'ils faisaient de mieux: la corruption généralisée. Cela marche toujours, la corruption, tout est à vendre, vous le savez bien, y compris la Reine d'Angleterre.

Arrivent alors  sur scène les Etats-Unis, héritiers de la doctrine de Monroe, ce brillant théoricien pour qui le continent sera toujours la chasse gardée des Etats-Unis. « America est imperare America » aurait pu être sa devise, inspirée de celle des Habsbourg (A.E.I.O.U).

Les Etats-Uniens occupèrent Haïti de 1915 à 1934. Et puis, il s'en allèrent. L'île était trop pauvre, pas moyen d'en tirer un sou, et puis les habitants étaient peut-être misérables, mais fiers de leur indépendance et de leur histoire à eux, de leurs victoires contre les colons et les Français. Ce n'étaient pas des nègres comme les autres, se sont dit les Yankees en partant.

Mais ils s'en allèrent en laissant sur place leurs mauvaises habitudes; acheter les gens, les conforter dans un rôle d'élus et surtout repérer lequel parmi les habitants pourrait le mieux conforter leurs intérêts. Et il le trouvèrent dans la personne de Duvalier, « papa Doc ».

Dictateur dans le sens le plus brutal du terme, papa Doc avait une particularité: il parlait un français du 18em siècle, châtié. Quand il prononçait un discours public, personne ne le comprenait, mais tout le monde l'applaudissait.  Comme il parlait bien ! Les dictateurs sont parfois des gens très cultivés. Et la culture, cela en impose, ils le savent ! Les Etats-Uniens laissaient faire, lui et son fils. Plutôt papa Doc et son bébé que le Lider Maximo d'à côté !

Quand le fils du père fut chassé et qu'Aristide, ce prêtre défroqué, adepte de la théologie de la libération pris le pouvoir, au terme d'élections démocratiques, les Etats-Unis froncèrent le sourcil. Ce qui veut dire, en clair, qu'ils reprirent le petit jeu qui consiste à monter les uns contre les autres; en l' occurrence les mulâtres contre les noirs, ceux qui ont (un peu) contre ceux qui n'ont rien. Et ils le chassèrent, ce président imprévisible. 

Mais comme Aristide était incontournable, il revint, mais contraint et forcé par les Etats-Unis et la Banque Mondiale à adopter un programme économique ultra-libéral, soit du néo-colonialisme pur et dur.

Et, bien sûr, cela n'a pas marché ! Les Etats-Unis, toujours eux,  finissent par déboulonner Aristide une deuxième fois et l'envoyer se faire voir par les Sud-Africains. 

Et puis la donne change. Il y a du pétrole  sur l'île et au large des côtes. Le prix du baril étant ce qu'il est aujourd'hui, c'est le moment de ne pas perdre la main, se disent de bons apôtres de Washington. Il importe que l'île demeure dans le giron des Etats-Unis.

Et puis survient la catastrophe, mais à quelque chose malheur est bon. C'est le moment d'envoyer des marines, des vivres des médicaments, des secouristes par milliers, prendre la direction des opérations, écarter ces européen qui voudraient faire du zèle. S'imposer comme sauveurs, comme indispensables auteurs d'une résurrection future du pays. Bref, prendre le pays par la main, comme on prend celle d'un malade ou d'un  moribond.

L'enfer est pavé de bonnes intentions, cela se vérifiera encore aujourd'hui en Haïti.

Devons-nous blâmer les Etats-Unis ? Pas du tout ! Ils font ce que firent tous les empires, conforter leurs marches. C'est dans la logique historique des choses et des gens.

Il y a un empire, celui des Etats-Unis et, à côté, des féals comme l'Europe, des soumis comme en Amérique latine et quelques réfractaires, allergiques, gueux résistants et farouchement individualistes.

L'histoire nous enseigne que les empires ne sont pas éternels, mais que, passé un seuil d'expansion, ils se délitent tout doucement, avant de finir leur destin dans des convulsions parfois féroces  et meurtrières.

Et l'histoire repasse les plats !

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kostina 22/01/2010 00:36


Bonjour,

A propos de pétrole, j'ai trouvé plusieurs sites dont au moins 2 font référence à des géologues affirmant la présence de beaucoup de pétrole en Haïti.
Une carte de 1902 indiquait la même chose sur un autre site.
Qu'en est-il vraiment ?
A l'heure où au moins une grande puissance maîtrise la création de séisme, on pourrait encore mieux interpréter le retour des ricains sur l'ile : le pétrole haïtien est leur pétrole à eux, aux
ricains, et leur sert de réserve stratégique pour l'après Arabie Séoudite...

Bien à vous.