La double baffe pour Sarkozy !

Publié le par Ali

En quatre jours, Nicolas Sarkozy aura reçu deux jolies mandales. Lundi, le Rapporteur du Conseil d'Etat a demandé d'annuler la suppression de la publicité sur France Télévisions. Jeudi, c'est le financement de la mesure qui a été jugé illégal par la Commission européenne. Un uppercut, suivi d'un direct au menton...

Les mots

"Cette réforme [...] restera l'une des plus importantes que j'aurai eu à conduire", triomphait Nicolas Sarkozy le 19 février 2008 à l'occasion de l'installation de la Commission Copé, chargée de plancher sur les modalités de suppression de la publicité sur la télévision publique. Le 15 février 2007, le candidat Nicolas Sarkozy déclarait pourtant à l'Express : "On ne peut pas être exigeant à l'égard de l'audiovisuel public et le laisser dans un état chronique de sous-financement. Je préfère qu'il y ait un peu plus de publicité sur les chaînes publiques plutôt que ces chaînes n'aient pas assez de moyens pour financer beaucoup de programmes de qualité". Taratata...

"Piètre gestion" et "mauvaise gouvernance"

Neuf mois après le vote de la loi (et un an après son entrée en vigueur !) la comédie vire à la farce. Façon "Bébête show". Car rien ne se passe comme prévu, mais vraiment rien. En janvier 2009, 24 sénateurs du Parti communiste et du Parti de gauche (CRC-SPG) avaient demandé au Conseil d'Etat d'annuler la suppression de la publicité sur la télévision publique. Les rabat-joies se plaignaient du fait que la mesure ait été appliquée avant même que le Sénat n'examine la loi. Un "excès de pouvoir" et une "ingérence du pouvoir exécutif dans le législatif", selon eux. Lundi, ladécision est tombée : le Rapporteur public a demandé au Conseil d'Etat "d'annuler la décision" de suppression de la publicité, dénonçant "la piètre gestion d'un dossier sensible" et la "mauvaise gouvernance" des pouvoirs publics. Rien que ça. S'il n'y a quasiment aucune chance que le Conseil d'Etat aille dans le sens des sénateurs rebelles, l'annonce pourrait bien déclencher une petite guerilla politico-médiatique. Euh, en fait non, puisque c'était lundi dernier. Le soir même, Nicolas Sarkozy se trémoussait sur la Une. Mais nos interviouveurs présidentiels n'ont semble-t-il pas jugé utile d'évoquer le sujet. Dommage.

Qui veut perdre des millions

Si le Rapporteur du Conseil d'Etat a jugé "sur le fond", d'autres ne se sont pas gênés pour juger "sur la forme". Et attention à la marche ! (Oups, trop tard) Jeudi, suite à la plainte des opérateurs télécom et de... la maison Bouygues, la Commission européenne a annoncé qu'elle ouvrait une procédure d'infraction contre la France, pouvant déboucher en dernier recours sur le renvoi de notre beau pays devant la Cour européenne de justice. La cause ? Bruxelles a estimé que la taxe imposée depuis l'an dernier aux opérateurs télécom pour compenser la perte des revenus de la réclame par l'audiovisuel public est "une charge administrative incompatible avec le droit européen". De plus, "elle vient frapper un secteur qui est aujourd'hui l'un des principaux moteurs de la croissance économique [et] le risque est grand que la taxe soit répercutée vers les clients, alors que nous cherchons précisément à faire baisser la facture des consommateurs" s'est lamenté Viviane Reding, membre de la Commission européenne responsable de la société de l'Information et des Médias. Et hop, voilà 350 millions d'euros par an qui partent en fumée.

Du bigdil avec les chaînes privées, la suppression de la pub tourne au Fort Boyard de l'Elysée... On ne peut (décidément) pas plaire à tout le monde.

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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