La noble indignation de Stéphane Hessel

Publié le par Le blog des amis d'Ali

Il y a encore des hommes éminement respectable, Stéphane Hessel est de ceux-là.

A 93 ans, il aurait pu jouir d'une retraite dorée, d'honneurs mérités et de louanges justifiés. Mais c'était trop demander à cet homme passionné, juif rescapé de Buchenwald à 27 ans, diplomate, ambassadeur de France aux Nations-Unies et militant zélé pour la cause des pauvres, des désespérés, des reniés, au premier plan desquels, les Palestiniens.

Même si nous divergeons sur certains points, majeurs faut-il le dire, nous nous devons de reconnaître le courage de cet homme qui déclarait, hier, sur France 5: Je suis sartrien, c'est en s'engageant que l'on devient homme.

Pour les sionistes fanatiques, il n'est qu'un "serpent auquel il faut écraser la tête"...

 

Voici un extrait de l'interview qu'il accorde à Médiapart:

http://www.mediapart.fr/journal/international/091110/stephane-hessel-cest-en-sengageant-quon-devient-homme

 

 

Hessel.jpg

 

 

Sur un plan plus personnel, comment avez-vous réagi à la sortie agressive de Pierre-André Taguieff à votre endroit?
Je connaissais cet homme, je sais que c'est quelqu'un de très, disons, juif israélien profondément sioniste, et je n'ai pas été surpris qu'il prenne position contre moi. Il l'a fait d'une manière totalement discourtoise, en parlant d'un serpent dont il faudrait écraser la tête. J'aurais préféré qu'on en reste là. Mais, comme il ne m'attaquait pas seulement moi mais aussi tous ceux qui, comme moi, défendent l'idée qu'il faut boycotter les produits des colonies israéliennes en Cisjordanie, et que ces gens risquent d'avoir des ennuis avec la justice française, j'ai encouragé la rédaction d'un appel, en mon nom et celui d'un certain nombre d'autres personnes, dans lequel nous disons: «Cette attaque est absurde, Stéphane Hessel est un ami d'Israël, et pas du tout un antisémite, il défend les thèses des Nations unies, etc.» (Mediapart a publié ce texte que vous pouvez retrouver ici).
Il y a eu dans Le Monde un papier, avec des signatures comme celle de Bernard-Henri Lévy, qui a mis en question la notion de boycottage de produits israéliens, en confondant un peu produits des colonies, et produits d'Israël même, et en disant que ce n'était pas une bonne façon de poser le problème, ce que l'on comprend. Ils ont fait allusion à ma position, qui serait une défense de BDS (Boycott désinvestissement, sanctions). Face à cela, un certain nombre de mes camarades ambassadeurs ont décidé de porter une réplique au Monde, qui va peut-être paraître. Personnellement, tout cela me paraît complètement absurde. Je n'ai aucun amour-propre. Qu'on m'attaque, pourquoi pas? Mais avec un minimum de courtoisie tout de même.

Quelle est précisément votre position? Accordez-vous un soutien total à la campagne BDS?
Non. Enfin... la campagne de BDS est duelle: il y a ceux qui disent qu'il faut boycotter les produits israéliens en général et ceux qui poussent à boycotter les produits des colonies, qui sont illégales. Je me range dans cette seconde catégorie. Mais lorsque des gens qui sont dans la première catégorie sont traînés devant la justice pour antisémitisme, je dis: «Attention. Ce n'est pas de l'antisémitisme de dire qu'il y a un pays qui se conduit mal et dont il faut boycotter les produits.» Je me porte défenseur vis-à-vis de la justice française. Je lui dis: «Vous n'avez pas à juger des gens qui prennent des positions politiques qui ne sont pas du racisme ou de l'antisémitisme, mais qui sont des positions plus ou moins fermes sur le droit international.»

Il a été question d'une plainte contre vous pour antisémitisme. Où en est-on?
Elle n'a jamais vu le jour. Ce n'était pas tant une plainte pour antisémitisme que pour mon soutien à la campagne BDS. Il y a un procès qui doit se tenir à Mulhouse sur ce sujet dans quelques jours et j'apporte mon soutien à ceux qui dans ce procès défendent les partisans de BDS. Voilà où l'on en est. Y aura-t-il à un moment donné quelqu'un qui aura le «courage» de m'assigner devant un tribunal pour antisémitisme militant, ou négation de la Shoah? Évidemment, c'est absurde, d'autant que des membres de ma famille en sont morts, et que j'ai moi-même été déporté. M'attaquer là-dessus ne correspond à rien.

D'où vous vient cet engagement pour la population palestinienne?
À l'origine, ce sont des Israéliens, parmi les plus dissidents, qui se sont adressés à la diaspora (mon père était juif) nous considérant comme des juifs qui doivent, nous disaient-ils, se rendre compte de ce que devient l'Etat auquel ils ont donné leur appui quand il a été créé: «Vous devriez venir voir où les gouvernements israéliens successifs nous ont menés.» J'ai répondu à cet appel. J'ai été une première fois là-bas dans les années 1990. J'y suis retourné à plusieurs reprises et j'ai effectivement constaté à quel point la cause palestinienne était mal défendue, et la cause israélienne libre d'agir dans l'impunité complète. Comme je suis plutôt un homme du droit international, j'ai voulu faire valoir que nous, les membres des Nations unies, avions des obligations à l'égard du peuple palestinien, et j'ai commencé à défendre l'idée que laisser la politique israélienne impunie était contraire au droit international. C'est une démarche relativement récente car il y a encore vingt ans, je m'occupais peu du problème palestinien. Mais depuis la fin des années 1990, j'y suis allé au moins six fois, et j'ai constaté que l'on comprenait certaines choses quand on était sur place. C'est seulement sur place que l'on peut comprendre comment les politiques israéliennes successives ont été néfastes pour les Palestiniens, contraires au droit international, et à terme, contraires à l'intérêt bien compris de la population israélienne, qui ne peut espérer une véritable sécurité s'il n'y a pas enfin un Etat palestinien avec lequel elle peut avoir des relations de voisinage.

 

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