Les Français sont-ils antisémites ?

Publié le par Ali


Elisabeth Levy, après avoir fait parler d’elle en faisant – malgré elle – la promotion de la liste antisioniste de Dieudonné, revient pour présenter un bouquin avec un titre improbable : « les français sont-ils antisémites ? ». Un bouquin qu’elle vient présenter chez Ruquier, et où ses principaux contradicteurs ne furent pas spécialement ceux qu’on pouvait imaginer. Quoique …

 

- Le titre de l’article aurait du être : l’antisémitisme historique s’est-il sournoisement déplacé en France ? -

 

Ce bouquin est en fait coécrit avec Robert Ménard, fondateur de l'association française Reporters sans frontières (RSF) – où il est aujourd’hui président d’honneur.  Ce dernier s’est finalement révélé être un contradicteur pertinent avec une vision moins « CRIFienne » de la question juive. Une vision sans doute plus proche de la réalité. Arguments et faits concrets à l’appui.

 

 

Elisabeth Levy, une sioniste qui se veut ouverte 

Elisabeth Levy commence très fort 
: « je suis pour qu’on puisse parler ouvertement d’Israël sans se faire accuser d’antisémitisme » ; « des fois on a tendance à tout dramatiser » ; … 

Apparemment il y a du progrès : c’est magnifique, on avance ! On devrait sans doute bientôt voir Paul-Eric Blanrue chez Ruquier présenter son livre « Israël, Sarkozy, et les Juifs », qui sait ?
  

… cela reste à voir encore.

 

Elisabeth Levy une personne d’ouverture sur la question juive en France ? Une personne pour aplanir les tensions ? Je laisse chacun se faire son avis. Par contre quand on sort un bouquin avec un titre pareil (et un développement de la question qui est le sien), il eut été de bon goût de ne pas se faire remarquer en disant des bêtises énormes, de surcroît dans son introduction : « j’en ai marre de parler de ça, (j’avais proposé en rigolant) faisons une journée sans Juifs ! » (sic). Non seulement le titre du bouquin est une hérésie (on va y revenir), mais pour éviter que cela déchaine à nouveau les passions, il aurait fallu ne pas jouer au pompier pyromane. C'est-à-dire : j’éteins l’incendie que je vais créer avec mes potes du showbiz. 

Bien sûr que je soupçonne (et même plus que ça) France 2 d’être connivence ; je veux bien prendre toutes les précautions d’usage mais il ne faut pas se leurrer : Paul-Eric Blanrue aurait été un interlocuteur très intéressant pour ce genre de débat. Et lui, les précautions d’usage – contrairement à beaucoup de personnes –, il les prend ! 

Donc oui, l’appareil médiatique se place sous l’angle de Mme Levy puisqu’il n’y avait personne « de calibre » pour un débat contradictoire, ce qui n’a pas empêche que des choses intéressantes aient été dites, par Robert Ménard co-auteur du bouquin, et Eric Naulleau qui – à mon avis – ce soir là a pris quelques risques pour la suite de sa carrière « au plus haut niveau » … 

 

Robert Ménard, un interlocuteur objectif

… qui connait – cela dit en passant – les limites à ne pas franchir.

 

« A trop parler d’antisémitisme quand il y en n’a pas, on donne des arguments à un certain nombre de gens à qui je n’ai pas envie d’en donner. »

 

Quand on a des contradicteurs de la politique israélienne qui sont bien élevés, ça nous donne droit à de très jolies formules ; parfois un peu creuses quand on a épluché le sujet auprès de sources plus indépendantes (des gens – souvent – dans le viseur du CRIF : une certaine vision paranoïaque que stigmatise M. Ménard) mais elles ont le mérite d’exister à la télé, de surcroît à une heure « de grande écoute » (pour ceux qui n’étaient pas couchés). 

C’est en bégayant qu’il stigmatise ensuite 
« la folie d’une partie … de l’intell … de quelques (j’ai ditquelques hein ! Attention ! Ne dites pas que je suis antisémite s’il vous plait.)* intellectuels Juifs qui voient de l’antisémitisme partout … ». 

Bien entendu Mme Levy a tenté de le couper, mais – au finish – il a pu aller jusqu’au bout pour dire :

 

« Il y a aussi une obsession, moi je le vois – et c’est pour ça que tu le disais tout à l’heure : il y a un certains nombre de propos que tu ne peux pas dire sur Israël. »

 

Ce qui n’a pas manqué de provoquer « une rechute d’hystérie » chez l’autre en face. 
Ce n’est pas grave, le « deuxième tour » avec Zemmour et Naulleau arrive …

 

* C’est l’expression que laissait transparaître son bégayement … 

 

Zemmour reprend … de manière plutôt surprenante 

Zemmour accuse M. Ménard d’avoir enfermé Mme Levy dans la défense contrainte d’Israël. Car selon Zemmour, ce n’est pas le sujet. On prend acte. 

On ne va pas en rajouter davantage par rapport à cette accusation, car autrement on risque de rentrer dans un jeu de suspicions très particulières sur la personne d’Eric Zemmour (à propos d’Israël et des Juifs). 

La position de M. Ménard est claire et nette, il suffit de l’écoute. Il est très prudent et ultra-modéré (le sujet mérite bien cela). 

Le plus habile dans cet échange fut quand même Eric Zemmour ; je pense même que le CRIF devrait le recruter comme conseiller, car le Zemmour : il a une vision plus scientifique du sionisme et de l’apologie (volontaire ou involontaire) de l’injustice et des atrocités israéliennes au Moyen-Orient.

 

Quand on est un peu sérieux, on ne peut pas dire que cela n’influence pas les rapports qu’on a envers Israël et les sionistes – en France et dans le monde de manière plus générale.

 

Il détourne magistralement le problème en surenchérissant dans le délire d’Elisabeth Levy  avec : « l’antisémitisme nouveau » ! Un écran de fumée d’une grossièreté profonde ! 

Non seulement, il évite la question israélienne (« 
elle ne m’intéresse pas, parce que ce n’est pas le sujet » – sic), mais en plus il discrédite – du moins il essaie – le courageux Ménard, qui ne s’est – par ailleurs – pas laissé déboussolé par la supercherie, en martelant notamment sa position. 

 

L’antisémitisme nouveau est né ! 

Israël est donc un prétexte.

 

« Le vieil antisémitisme classique : le sédentaire contre le nomade ; le national contre le sédentaire est (effectivement) en train de mourir. »

 

Le nouvel antisémitisme, c’est quoi alors ? 

Premièrement il n’existe(rait) que dans les banlieues. Zemmour est soit un grand sociologue et un grand expert des peuples sémites … soit un grand démagogue.

 

Le nouvel antisémitisme, c’est donc le principe du bouc émissaire : on choisit une cible pour unifier la communauté.

 

Entre les lignes – à moins que je ne sois très mauvais esprit – : le principe est d’unifier « la oumma » qui a déjà conquis la banlieue et qui menace Paris … et la France ! 

Blague à part, avec le lourd héritage historique que referme le mot « antisémitisme », il eut été sage de choisir un autre terme pour décrire un « climat social temporel ». Apparemment Zemmour ne sent pas le besoin de prendre des précautions particulières, ni de faire preuve du minimum de décence intellectuelle, en associant la sémantique « six millions de gazés » avec « les racailles des banlieues ». Et c’est du service public … 

Elisabeth Levy nous dit ensuite que ça va mieux (dans les banlieues) … mais en fait c’est parce qu’elle n’a pas compris – ou du moins, elle n’a pas pensé tout de suite à cet « argument » : la plupart des Juifs des banlieues ont précisément dû quitter leur banlieue ! Un fait sensé illustrer la thèse de l’ (énième) exil … 

Je note aussi que Zemmour n’a pas pensé citer « le gang des barbares » pour corroborer sa thèse (« la shoah recommence » disait la mère de la victime). Je disais dans un précédent 
article que Zemmour me semblait très proche de la ligne de Philippe de Villiers*, et je ne m’étais sans doute pas trompé. C’est loin d’être un procès d’intention, ce sont ses idées qui vont dans cette direction ! 

*Ce n’est pas non plus un hasard si ce dernier s’est (enfin) résolu à choisir le bon train à droite, pour lui jouer un rôle important en politique.

 

Il est plus que jamais temps de prendre les avertissements de Zemmour au sérieux car le contradicteur le plus redouté du PAF dernier dénonce un vrai problème ! Et malheureusement, ce sont les Juifs qui sont – comme d’habitude – les premières victimes. Eux qui ne pouvaient plus – dans cet « émirat des banlieues » – bénéficier de la protection de l’Etat, et qui ont dû – encore une fois – émigrer vers une terre de plus grande tolérance. 

Le problème est assez grave pour ne pas laisser un Ménard créer des amalgames grossiers en faisant un lien avec Israël, qui n’est que l’excuse pour ne pas voir. Ne pas voir que Poitiers n’est pas si loin (et Vichy si proche dans nos mémoires).

 

« Nous défendrons ensemble, avec les Juifs, la civilisation contre la barbarie. »

- Philippe de Villiers, dans Israël magazine -

 

Si ce commentaire vous paraît être « du délire », la suite – signée Eric Zemmour – est tout aussi croustillante :

 

« Dans les écoles aujourd’hui dans les banlieues, il y a deux insultes qui sont à la mode : sale Juif, et sale Français. »

 

Où comment créer une alliance judéo-chrétienne face à la menace islamiste. Toujours sur la ligne de Philippe de Villiers ... et de nombreux autres. 

Robert Ménard a bien essayé d’expliquer à Zemmour que ceux qui se nourrissent du conflit israélo-palestinien pour éventuellement proférer des insultes « anti-Juifs », sont des jeunes non politisés (qui ne connaissent rien au conflit israélo-palestinien) qui habillent bien souvent « des mœurs de voyous » – et qui s’identifient aux jeteurs de pierres de l’intifada. 

Ah si seulement les médias n’usaient pas du deux poids deux mesures dans le traitement du conflit (et en particulier lors du récent massacre de Gaza). Peut-être que ces « voyous » seraient moins frustrés et diraient moins de bêtises. C’est ce qu’a l’air de penser M. Ménard ; et je pense qu’il développe une thèse bien plus proche de la réalité ; en opposition aux fantasmes névrotiques de Zemmour – qui avait, ce soir là, l’air de dire à Elisabeth Levy : 
« Ne dis rien, laisse-le moi, je suis plus habile que toi pour le coincer là où tu n’a pas su l’emmener ».

 

 

Quand Naulleau vient au secours de Ménard …

et des populations « arabo-musulmanes ; d’origine émigrées » qui en ont pris plein la gueule ce soir là ! 

Il commence par dire qu’il trouve le dîner annuel du CRIF être quelque chose d’hallucinant*, là 
 « les hommes politiques français viennent se faire remonter les bretelles sur base communautaire ». Sans doute une manière de dire en introduction, que les Juifs sont quand même un peu plus émancipés qu’en 1940. Et peut-être que le tableau dressé par Zemmour est un tant soit peu exagéré … 

* Zemmour partage cet avis, pour la bonne et simple raison que les autres communautés, lorsqu’elles seront mieux organisées, surenchériront dans cette voie pour obtenir « leurs lois » et seront à même d’être juridiquement protégées. Ce qui est en soi un vrai danger pour l’establishment, puisque que tout le monde sera traité égalitairement : cela signifierait la fin des campagnes de propagandes (et discriminatoires) supposés servir une certaine élite.

 

« L’antisémitisme « décontracté » d’antan s’est déporté du Juif à l’arabe, c'est-à-dire du judéo-bolchévique vers l’arabo-musulman. »

- Eric Naulleau –

 

(On appréciera Zemmour faire la moue à ce moment précis …)

 

Naulleau a ensuite, pour illustrer son propos, fait référence à des glissements sémantiques douteux, en citant en exemple : identité nationale =>  burka. 

Et il y en a d’autres bien entendu : laïcité => foulard ; terrorisme => islamisme ; … Tout cela se dit, en effet, de manière très décontractée sur nos antennes. 

Robert Ménard, sentant sans doute qu’il bénéficie d’un soutien pour lui aller plus loin dans son raisonnement, précise que le problème de la burka* n’est pas la burka en soi, mais bien la stigmatisation d’une minorité, d’une communauté. Et cette communauté n’est pas celle qui est le sujet central du livre coécrit avec Elisabeth Levy.

 

« Certes il existe un antisémitisme résiduel. Mais aujourd’hui, est-ce qu’il est plus difficile d’être Juif ou Arabe en France ? … Si tu as des problèmes pour trouver du travail, quand tu es Juif tu n’as aucun problème, quand tu es arabe tu as ces problèmes là ! »

- Robert Ménard –

 

(On notera que le public a été très bien sélectionné ce soir là, puisque cette déclaration n’a valu AUCUN applaudissement. Certes, le but n’est pas « d’amuser la galerie », mais cela mérite d’être noté.)

 

Robert Ménard, très courageux ce soir là, a ensuite poursuit avec le CRIF et ses aberrations  de manière pertinente … avant de se faire couper (il était plus que temps !) par Elisabeth Levy … pour revenir sur la burka. Heureusement qu’elle était là cette burka !

 

« Le principe du bouc émissaire : on choisit une cible pour unifier la communauté. »

- Eric Zemmour -

 

* La burka qui, par ailleurs, est une coutume afghane, en France il y aurait 2000 musulmanes qui cachent leur visage avec le niqab. Certes le résultat est « le même » (le grillage en moins) mais la sémantique « Afghanistan » est politiquement plus intéressante en matière de propagande, c’est grotesque mais ça n’échappe pas aux plus avisés.

 

 

En conclusion 

Tout le monde sur le plateau s’est finalement rejoint pour reconnaître qu’il n’y a plus d’antisémitisme en France, d’où l’hérésie du titre du bouquin. 

S’il existe « des résidus d’antisémitisme » dans les quartiers, mais qu’on ne veut pas reconnaître que l’état sioniste – qui occupe la Palestine militairement – ait un lien direct avec la manifestation d’une certaine hostilité envers les Juifs à des moments spécifiques – qui plus est dans un contexte sociale où les « français d’origine émigrés » (puisqu’ils ne sont visiblement pas français à part entière) sont ghettoïsés – alors ces « résidus d’antisémitisme » doivent être considérés comme quelque chose de différent de ce qui a mené à Vichy et Auschwitz ! 

Car si on met « le problème des banlieues » de côté, on est tous d’accord de dire qu’il n’y a plus d’antisémitisme avéré en France, comme il n’y a pas plus d’islamophobie par ailleurs. 

Les commentaires « judéophobes » ou « islamophobes » sont provoqués par des éléments extérieurs. Et c’est la mise en images de ces éléments (et les commentaires qui les accompagnent) qui frustrent ou donnent une certaines images d’une catégorie de personnes.

 

L’animosité anti-juive résulte – comme l’a dit M. Ménard – du deux poids deux mesures dans le traitement du conflit israélo-palestinien. Quant à l’animosité anti-islamique, elle résulte directement du  11 septembre et de la stigmatisation des musulmans.

 

Celui qui désire aller plus loin pour comprendre le fond des choses doit faire comme on m’a appris à l’école, au cours d’histoire : faire une analyse de document.

 

Qui donne les infos ? Qui a intérêt à présenter les choses de cette façon ? Qui finance l’édition ?

 

On ne porte ici aucune accusation, on décrit simplement une méthode d’analyse rigoureuse de documents (une méthode enseignée à des ados de secondaire).  

Que celui qui veut faire cette analyse la fasse pour lui, pour sa culture générale, et pour son impartialité. 

Quant à celui qui ne veut pas la faire, qu’il prenne pour argent comptant la ligne éditoriale des grandes chaînes nationales. Il aura l’impression d’être dans le bon camp, et aura l’occasion d’en replacer une le lendemain à la pause, auprès des collègues.

 

 

E. Zemmour - E. Levy Vs E. Naulleau - R. Ménard – partie 1


 


E. Zemmour - E. L
evy Vs E. Naulleau - R. Ménard – partie 2

http://generationm.over-blog.com/article-les-fran-ais-sont-ils-antisemites-zemmour-levy-vs-naulleau-menard--39804511.html 

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