Ménard: Vive Le Pen !

Publié le par Le blog des amis d'Ali

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Cet article a été publié dans Le Nouvel Observateur du jeudi 31 mars, sous le titre: "Dans les filets de Marine?"

 

Qu'arrive-t-il au petit père des reporters ? Agité des justes causes, agent provocateur des droits de l'homme, Robert Ménard s'était hissé au top de la notoriété en défendant la liberté de la presse sur tous les fronts. Il a tiré sa révérence de Reporters sans Frontières à 55 ans, pour ne pas finir comme retraité de son ONG. Deux années, presque trois ont passé et ses amis de gauche ne reconnaissent plus « Bob ». Bien sûr, ils savent son goût pour les saillies, ses réflexes dogmatiques, son côté anar despotique, ils l'ont éprouvé à RSF, mais l'entendre, lui, se faire l'avocat de la peine de mort, souhaiter que ses enfants ne soient pas homosexuels et, au lendemain du premier tour des cantonales sur RTL, « approuver» les électeurs du Front national, ils en sont restés bouche bée. L'impétueux n'en avait pas fini : « Quand on a vu l'affaire MAM à droite et Guérini, le conseiller général des Bouches-du-Rhône, à gauche, on peut se poser des questions sur cette classe politique-là. »

Hé, Bob, où vas-tu ? Serais-tu de ces passeurs d'idées tombés dans les filets de Marine ? Ce n'est pas le petit pamphlet - une vingtaine de pages - qu'il met actuellement sous presse dans sa maison d'édition Mordicus qui va les rassurer. Le titre en est : « Vive Le Pen ! », sortie prévue le 5 mai. Ainsi, il aurait abjuré, se demande la bobosphère médiatique. A moins qu'il ne se soit joué d'eux. Ou de lui-même.

"Tout m'exaspère !"


«Ecoutez-moi avant de vous faire une idée », a-t-il demandé. On le retrouve donc à i>Télé, où il officie désormais dans « l'Info sans interdit », le JT de fin de journée. Autrefois, il livrait un émetteur en pièces détachées aux journalistes bosniaques muselés par les Serbes pendant le siège meurtrier de Sarajevo, aujourd'hui il émet ses opinions. Il scande les reportages et titres successifs, à l'invitation du présentateur. Pour donner « un ton ». Comme un jingle. «Alors, Robert, ces soldats français tués en Afghanistan ? - La présence de la France en Afghanistan, ça oui, c'est une erreur !» Alors, Robert, le match décisif de ce soir, l'islam en France, la déclaration du pape... Et le super-gros lot du Loto, Robert ? «Je n'ai pas joué, mais ma femme a joué. »

Il y a du Colombo chez cet homme. Dégaine froissée, regard en veilleuse sous les paupières. Sauf que là où l'inspecteur se taisait pour trouver la solution, Ménard déborde de mots pour dire son indignation. Dans la ouate d'un bar qui jouxte la chaîne, il lance haut et fort : « Tout m'exaspère !», avant même la première question et son premier Orangina ; Eva Joly « la vengeresse », Jean- François Copé «ce pingouin », tous ces ducs et duchesses de la classe politique et de l'élite médiatique qui « traitent les électeurs du FN comme des crétins égarés ». Il se fait fort, tous ces grands du pays, de les déchiqueter. Journaliste en forme de procureur ou procureur en habit de journaliste, il les reçoit dans son « Interview sans interdit » sur i>Télé, les commente chez Christophe Honde latte dans « On refait le monde » sur RTL (l'émission lui a décerné l'année dernière la récompense enviée de « langue de vipère ») ou sur toute autre onde qui voudrait de ses services. «Mais je dis des bêtises aussi. »

Alors, chaque soir, sitôt sorti d'un studio, il téléphone à sa femme et à sa mère pour connaître le verdict. «Ma femme m'a dit tu n'aurais pas dû dire ça sur les électeurs FN. » Emmanuelle, 15 ans de moins que lui et 10 centimètres de plus, est rédactrice en chef de la revue trimestrielle « Médias », qu'il a rachetée avec quelques soutiens, comme celui sonnant et trébuchant de Stéphane Courbit. Roberte, 88 ans, veuve de son Emile depuis trente ans, lui dit, de Béziers, que son langage manque de tenue. « Quand un type est un gros con et vous donne envie de gerber, vous le dites », réplique le fils, qui se sait à l'avance pardonné. « C'est le Midi, ça ! Il ne faut pas châtrer la langue. » Entend-elle, Roberte, la colère derrière l'accent de Robert ?

 

Globe-trotteur sur l'échiquier politique


Car, avant le Sud, il y a eu Oran. Et très vite la guerre et la fureur. Robert a 8 ans quand un homme vient livrer des cartons de papier carbone à son père dans l'imprimerie-papeterie qui assure la prospérité familiale. Sous les papiers, il voit des armes. Il y a aussi cet oncle habillé en prêtre alors qu'il ne fréquente pas l'église. Et ce code, frappé sur le toit de la maison, pour ceux qui devaient montrer patte blanche : trois coups pour O-A-S, suivi de deux coups pour ami. «On était chez nous, madame !», dit, solennel, Robert Ménard en reprenant un Orangina. Adieu Oran, la plage, l'écho des mitrailles, le cinéma, les morts, les bouffes à 10 heures du soir. Bonjour Brusque, commune de l'Aveyron, la bien-nommée dans les yeux de ces Français d'Algérie devenus des pieds-noirs en France. Emile vire catholique, relégué au fond de l'église. Robert, qui, petit, se voyait bien curé, s'enflamme pour Marx, Raoul Vaneigem et la philo, « un truc de glandeur qui permettait de la ramener devant les filles». Emile vit reclus, s'endette à vouloir élever abeilles, cochons et autres bêtes. Il faut taire son passé, assister à sa relégation sociale, grandir du côté des réprouvés, porter la honte. Robert veut en découdre. Ce sera la Ligue communiste révolutionnaire. « Quand je pense à la révolte de Kronstadt et Trotski qui disait : on les tirera comme des lapins ! Les conneries qu'on a pu dire !»

Ce n'était que le début de ses aventures de globe-trotteur sur l'échiquier politique. Conquis par François Mitterrand dans les années 1980, il se convertit pour Nicolas Sarkozy vingt-cinq ans après. Et l'âge venant, à 58 ans, vire Marine ? Le pamphlet qu'il s'apprête à publier s'ouvre ainsi : « Oui, vive Le Pen ! Comme une bravade, comme un gant jeté au visage de ce monde de la presse qui joue les matamores face au Front national. (...) Il ne s'agit pas ici de défendre Le Pen, père ou fille, mais de dénoncer cette traque de tout ce qui est supposé exprimer sympathie ou même vague intérêt pour des idées, des analyses qu'il est si aisé de proscrire d'un retentissant «facho». » Robert Ménard s'est-il senti visé ? « Réac », reconnaît-il, « sur les questions de société », macho comme il faut, adepte du mariage, même s'il a vécu « dans le péché » avant de faire famille recomposée. Il vénère «la Marseillaise », emmène Clara, 9 ans, voir le défilé du 14-Juillet et espère qu'elle lui donnera des petits-enfants.

La naissance d'une fille sur le tard (il a un grand fils issu d'une autre union) l'a changé, la peur des pédophiles l'a saisi. «J'étais à Bruxelles avec la maman de Florence Aubenas, nous manifestions pour réclamer sa libération et celle de son guide Hussein Hannoun. Et puis on est venu me présenter la mère d'une des jeunes filles victimes de Dutroux. Eh bien moi, cet homme-là, ça ne me gênerait pas qu'il ne vive plus ! » Ménard, sur les ondes, popularise la peine de mort « dans certains cas ». Sa femme, Emmanuelle, une ancienne de la FIDH rencontrée voilà dix ans, cosigne « Vive Le Pen ! ». A ses côtés, il va à la messe. « Ma femme, je peux lui parler de tout. Elle m'a apporté quelque chose : je n'ai plus honte de ce que je pense. » Alors, sur le discrédit des politiques, la sécurité, l'immigration, il peut dire que le Front national a raison, il est un point sur lequel il ne transige pas : « l'insupportable, son attitude sur l'islam et la défiance vis-à-vis des musulmans ». C'est ce qui le sépare d'«Eric » (Zemmour), qui l'irrite. Mais «Eric » qu'il va défendre au tribunal, comme Dieudonné, un autre réprouvé. Notre homme applique avec esprit de système ce qu'il tient de Voltaire : «Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire librement. »

Toutefois, quelque chose le tracasse. « Ce qui m'inquiète, c'est de m' être foutu dans un personnage. » Il ne faudrait pas qu'il mette en péril sa petite entreprise journalistique. Carte de presse numéro 46 243, il a ramé à ses débuts à Radio-France Montpellier. C'est au titre de Reporters sans Frontières qu'il l'a conservée. Il a pris des risques et il a adoré ses heures de gloire. Il a frémi de bonheur à la libération des journalistes retenus en otages en Irak, dans l'euphorie il a parlé des rançons au risque de faire monter la mise à prix. «Reporter sans cervelle», maugréa un patron de presse.

Le boycott des JO en Chine fut son apothéose internationale. Et puis après, comme un trou noir. «Je suis même a l l é pointer au chômage », quelques mois. Maintenant que la lumière est revenue sur lui, il ne voudrait pas se priver des chauds rayons de la reconnaissance. Avec des étoiles dans le regard, il raconte ce Noël où il a remplacé «Eric» (Zemmour) sur RTL : « I l était parti en vacances. RTL ! Il y a tellement de gens qui vous écoutent ! J'ai envie de faire passer des idées mais parfois je me dis : au nom de quoi tu dis ça ?» Des idées, il en a tout le temps. Comme de lancer une petite collection chez Mordicus en demandant à des gens célèbres : si vous deviez écrire votre dernier texte, que diriez- vous de votre vie ? Robert Ménard, lui, écrirait : « Ne jamais avoir honte de son père. » Comme un message à Clara.

Marie Guichoux

Article publié dans Le Nouvel Observateur du jeudi 31 mars, sous le titre: "Dans les filets de Marine ?"

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alize 06/04/2011 18:39



Robert Ménard, ce ne serait pas l'idiot qui courrait avec le drapeau chinois au moment de jeux olympiques et à qui, par la suite la cia a trouvé un travail
dans les médias ?