Comment le NOM influence nos croyances

Publié le par Ali


couple-hopper.jpgHopper. Couple.


L'homme dans son existence est confronté à deux axes, l'un vertical, l'autre horizontal.
Il ne vous échappera pas que ces deux axes forment une croix, symbole connu depuis la plus haute antiquité.
L'axe horizontal est celui des fins matérielles de l'homme; il doit se nourrir, se loger, assurer son confort et le pérenniser, se prémunir des maladies et les soigner.
Il se positionne aussi sur le plan de la cité, donc sur le plan politique.
Cet horizon, on l'aura compris, sur le plan matériel n'a pas de limite, plus on pense le toucher, plus il se dérobe à notre empreinte. La tentation est grande alors de le poursuivre, mais en vain.
Il y a ensuite l'axe vertical, celui qui fait regarder l'homme vers le ciel, vers une transcendance.
Ce regard s'explique très naturellement; l'homme sait qu'il va mourir, alors il se pose des questions sur « l'après »; l'homme est le seul animal qui ait conscience de son existence et de la finitude de cette dernière.
Dans cette confrontation entre deux axes, l'homme doit se positionner. D'une part, il doit se placer par rapport à l'axe horizontal, de l'autre par rapport au vertical. Mais où exactement ?
La réponse est le juste milieu, soit le point où les deux axes se croisent, le centre de la croix.
Il est clair que la tentation est forte pour ceux qui veulent diriger le regard de l'homme de le fixer vers l'un ou l'autre de ces axes.
Longtemps, ce fut le vertical qui eut leur préférence. Il était, en effet, plus facile d'éduquer l'homme à accepter son sort sans se plaindre, en lui faisant miroiter une vie après la vie, une vie meilleure, plus juste, celle qu'il subissait ici bas n'étant que l'ombre de celle qu'il devait espérer au terme de ses bonnes actions, au premier plan desquelles il y avait, bien sûr, l'acceptation de son sort.
C'est le Moyen-Age et la toute puissance de l' Eglise. Un temps qui relativise la vie et en fait une salle d'attente de l'éternité. Les choses changent avec la Renaissance qui va placer l'homme au centre de toutes choses. L'homme, dans cette optique, n'est pas fait pour la religion, la religion est faite pour l'homme, mais l'homme n'est pas fait non plus fait pour assouvir sa soif de matérialité, il est aussi un être qui assume et vit son intellect et sa spiritualité. 
Juste milieu, donc, mais qui ne tiendra qu'un temps.
Avec la révolution industrielle il faut placer toutes ces marchandises que les machines produisent, il faut des clients, qu'on appellera « consommateurs » par la suite,  il faut les inciter à acheter, à, acheter encore plus.
D'où l'insistance portée sur la légitimation de la poursuite des biens matériels.
Il est bon que l'homme consomme des marchandises, il donne ainsi du travail aux usines, lesquelles en donnent aux ouvriers; pour travailler, il faut que la paix règne entre les nations, il faut donc que la paix soit organisée, de préférence au niveau  mondial par des organismes supra-nationaux qui permettent que la « concurrence joue », comme ils disent, entre les producteurs des différentes nations.
Et comme toute paix doit être protégée, autant qu'il y ait des forces armées supra-nationales pour l'assurer. Ces forces armées, ils vont les appeler « forces de paix », ce n'est pas très orignal, mais révélateur.
Je viens d'écrire « ils », mais qui est cet « ils » ?
Ce sont tous ceux qui ont intérêt à, ce que les comportements changent, précisément pour que ces derniers s'adaptent à leurs productions de biens matériels. Alors ils vont mettre en oeuvre un ensemble de techniques nouvelles dont le but est de subjuger l'homme à leurs desseins. Ils appellent cela « marketing », et le conditionnement de leurs clients, ils l'appellent « publicité ».
Pas besoin de mettre des noms, il vous suffit de regarder les pages de pub sur le petit écran  pour savoir de qui je parle.
Reste que l'homme persiste à regarder vers le ciel,  vers cet espace éthéré où les valeurs matérielles sont méprisées;  à quoi sert-il d'amasser des richesse si c'est pour perdre son âme ? Et que vaut le bonheur terrestre, toujours relatif, comparé à celui de l'éternité du paradis ?
Il faut donc que les superstructures mentales soient en osmose avec les infrastructures industrielles.
Marx l'avait compris, il fut entendu et suivi, y compris par ses pire détracteurs.

D'où, l'émergence depuis une cinquantaine d'années de mouvements plus ou moins religieux, plus ou moins philosophiques dont le prêche est une légitimation de la matérialité, une abstention vis-à-vis du « prochain », une distanciation quasi  stoïcienne par rapport à la souffrance d'autrui.
Une espèce de  fondement spirituel de sa propre béatitude.
Le bénéfice pour la société de consommation est évident: le consommateur riche est conforté dans la légitimité de sa richesse, mieux même, elle procède non point de l'exploitation du travail d'autrui, et notamment des peuples les plus pauvres, mais est le fruit de son génie propre.
Le pauvre se voit reprocher ses défauts, connus ou inconnus, et sa pauvreté comme une punition divine.
Il y avait deux grands opposants à cette manière de voir. Le christianisme et le communisme.
Le premier méprisait les biens de ce monde et ces marchands que Jésus avait chassé du temple. Le protestantisme, malgré des réformes audacieuses et nécessaires, allait réhabiliter ces deux parias. Le mouvement était lancé; à partir du moment où l'homme, avec comme seul repère sa propre conscience, pouvait lire et surtout interpréter les Ecritures, vite vint le moment où ces dernières servirent de faire-valoir à ses entreprises les plus profanes, celles qui lui faisaient gagner de l'argent et la puissance qu'il apporte.
Mais il fallut aller plus loin. Comme le monde entier n'est pas chrétien et encore moins protestant, petit à petit des idéologues de tout milieu s'attaquèrent à « désacraliser » Dieu. Ils en firent un référent lointain, détaché des choses de ce monde et, à la limite, étranger à sa création. C'est la théologie de la « mort de Dieu », inaugurée par certains théologiens protestants et portée au pinacle par de petits philosophes.
Et puisque Dieu était mort ou supposé tel, autant faire de l'homme un dieu.
On le vit dans ces orientalismes importés qui fleurirent durant les années soixante-dix. Mouvement hippy, hindouïsme de pacotille, invasion de sectes pratiquant un syncrétisme douteux et réducteur.
L'église catholique, anémiée par Vatican II , vit ses fidèles filer à gauche ou à droite, mais toujours dans le sens le plus rassurant pour leur bonheur terrestre.
Et puis, on masqua une bonne fois pour toute la mort. Alors que durant des siècles les hommes avaient vécu avec la mort pour horizon, subitement on l'effaça d'un futur certain pour en faire une inéluctabilité malheureuse que la science, un jour, corrigera. La mort n'étant  plus qu'une faillite de la vie !
Aujourd'hui, certains philosophes, je pense à Ferry et à Comte-Sponville, n'imaginent qu'un seul axe, l'horizontal, ils en font une espèce de « spiritualité laïque », une sacralisation de l'humanité de l'homme. Au mieux, une incitation à ne pas se poser de questions métaphysiques, à laisser les choses aller et venir, comme le ferait la méditation d'un moine zen.
Pas besoin de noircir encore beaucoup de pages pour comprendre tout le bénéfice que les puissants de ce monde peuvent retirer en imprimant dans la conscience de l'homme qu'il ne doit de compte qu'à lui-même. Que sa vie, encore limitée pour le moment, se doit d'être vécue en conformité avec ses aspirations fussent-elles exclusivement profanes. Que tout ce qui s'oppose à ses aspirations se doit d'être refusé, même si l'opposition procède de la nature des choses elles-mêmes. Ainsi, l'âge ne doit plus freiner l'éternelle jeunesse de nos fantasmes, les rides sont une disgrâce autant que la pauvreté et la mort. Et ainsi de suite.
Et si la conscience de l'homme s'accorde avec les désirs de ceux qui le gouvernent, la voie est ouverte pour une acceptation sans réserve du futur « sur mesure » qui l'attend.
Mais il y a un hic. C'est que dans cette perspective, seul un axe se présente dans l'aventure humaine, celui d'un bien matériel plus ou moins sacralisé. Or il est dans la nature humaine de regarder le ciel, de dépasser son enveloppe de chair et d'os, et de se poser des question sur la mort et son « après ».
Une génération, quelques peuples, seront subjugés par l'axe matériel, d'autres peuples, d'autres générations voudront rester ou revenir à l'équilibre premier, précisément parce qu'il est conforme à ce que l'homme attend comme destin, même s'il le craint.
La recherche de cet équilibre entre spirituel et matériel est complexe, difficile et éminemment subjective, c'est là que réside sa difficulté et sa grandeur. Elle a le grand mérite de faire en sorte que l'homme se pose des questions;  un homme qui s'interroge l'est vraiment, un homme qui s'interroge n'est pas vraiment dangereux.
Des mystiques allemands du 16em siècle avait nommé ce point d'équilibre entre les deux axes: « rose-croix ».
De ce point, l'homme se transcendait, comme le Christ, mort homme, ressuscite et retourne dans son Royaume éternel.
Mais cette fin dernière pour l'homme, comme pour le Christ, qui fut condamné à mort, ne l'oublions pas, est absente des tablettes de ceux qui nous veulent tant de bien. Un homme tout simple, qui mange et boit, rêve de sa future voiture ou maison, et ne se pose pas de questions sur ses fins dernières, voilà l'horizon qu'ils vous proposent.
Parce qu'il est le plus rentable pour eux.
Mais vous, le valez-vous ? 

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