Le bilan de la chute du mur

Publié le par Ali

L'analyse est lucide et décapante !

 

Le bilan de la chute du mur
Nicolas Bonnal


Le bilan de la chute du mur
Quelques idiots utiles sont allés fêter sous une pluie battante les vingt ans de la chute du mur de Berlin ; d’autres ont fait croire qu’ils étaient de la partie il y a vingt ans de cela.

Aussi loin que je me souvienne, l’événement sur le champ m’a déplu. Il m’a paru construit, monté, c’est le cas de le dire, de toutes pièces. Les fausses joies des Cohn-Bendit et autres sentaient leur tartuferie de loin : plus personne, et c’est heureux, ne croyait encore au communisme, mais qu’allait-il advenir ensuite ? Je pensais aussi à l’intuition de René Guénon concernant les « fissures de la grande muraille ». Après la chute du solide, vient le liquide, et Dieu sait (ou le diable) que nous sommes dans la société liquide, société du vide et du rien si bien décrite par Bauman ou Lipovestky.

Voyons le bilan maintenant : la réunification allemande, budgétée à l’origine à 37 milliards de marks en aura coûté cent fois plus. On a parlé de 1400 milliards d’euros, soit 3 000 milliards de marks ; tout cela pour créer un pays divisé et aigri où « ceux de l’ouest » méprisent « ceux de l’est » qui les détestent aussi. Plus grave, la réunification allemande a ruiné l’Europe, avec les taux extravagants pratiqués par Tietmeyer et son gang de la Buba. Les taux à 12-13 % ont cassé net les reins de l’Europe. La France par exemple ne s’en est jamais remise, et les déficits budgétaires ont commencé alors d’exploser, sous la férule du ministre du Budget d’alors (je parle de 1993), un certain Sarkozy (pas Jean, l’autre). La désindustrialisation du vieux continent, comme disait l’humoriste Rumsfeld, s’est alors accélérée.

Le plus grave est le bilan démographique, jamais évoqué. L’indice de fécondité de l’Allemagne de l’Est est passé en quelques années de deux à un. Oui, il a été divisé par deux. Dans le reste de l’Europe de l’Est, où pour des raisons paradoxales, le communisme avait sauvé la reproduction de la race blanche, le bilan a été plus épouvantable encore. La Russie confiée aux bons soins de Gaidar et d’autres gangs, ceux par exemple de Goldman Sachs, a perdu vingt millions d’hommes. Effondrement de la natalité, implosion du système de santé et de la sécurité sociale, ravages de l’alcoolisme lié au désespoir de vivre dans un monde barbare et peuplé d’oligarques, tout cela a liquidé deux générations d’Européens de l’Est.

Européens de l’Est : on a préféré les maintenir à distance, au prétexte qu’ils étaient orthodoxes, slaves ou ex-cocos (n’est-ce pas l’argumentation hitlérienne d’ailleurs ?). Il est plus dur pour un Ukrainien que pour un Africain de rentrer en Europe, et ce alors qu’il y a presque mille ans Anne de Kiev épousait un roi de France. De même, et j’y reviendrai toujours, on a été incapable d’unifier linguistiquement l’Europe quand, il y a cinq siècles, tout le monde parlait le latin ou, il y a deux siècles, le français. Nous sommes limités à un baragouin saxon de 300 mots, idiome d’un pays dont la raison d’être aura toujours été la haine de l’Europe et de ses peuples.

J’aimerais bien que l’on prenne enfin conscience du vrai coût de la soi-disant destruction de ce mur. Ce qui devait être le couronnement d’Europe aura été son enterrement.

 

Commenter cet article