Benoît XIII et III

Publié le par Ali


benoît XVCe jeu de mot sur Benoit XVI (très étroit) me paraît  facétieux peut-être, mais peu à propos.
Cet homme, pour lequel j’éprouve tout sauf de l’antipathie, est de ceux desquels je me sens proche, non par l’identité d’opinion, mais par ce que Proust appelle la « consanguinité des esprits » (1).
Comment ne pas apprécier cet intellectuel brillant, ce théologien pointu, cet homme dont la bibliothèque personnelle compte pas moins de vingt mille livres, ce latiniste distingué, hélléniste et hébraïsant de surcroît ?
On – c’est à dire le vulgum pecus – lui reproche son absolution de la messe en latin, le retour aux fastes dans la liturgie, le report sine die du dialogue inter-confessionnel et la mise au pas des théologiens contestataires. Bref, son travail de chef de l’Eglise catholique romaine.
Or il a raison !
Il y a toujours chez les fidèles un appel au souffle mystique, quasi magique qui « élève les cœurs » et ouvre la porte de mondes dont seul l’officiant possède les clés. On peut le regretter, déplorer cet aspect purement scénique du rituel, toujours est-il qu’il contribue à créer les conditions d’un égrégore fécond au sein des communiants.
Il a compris que la perennité du christianisme réside aussi dans cet athanore mystérieux bien plus puissant et fédérateur que les innovations malheureuses introduites par Vatican II.
Quant aux fastes, ils procèdent du paragraphe précédent et confirment les fidèles dans leur conviction que ce qui est « ici-bas » est le reflet de ce qui est « là haut ». On peut ne pas souscrire à cette opinion, elle est , cependant majoritaire.
Il ne veut plus discuter avec les autres religions. Normal, c’est du temps dépensé en vain. On peut disputer des opinions politiques, prendre bouche avec les pires de ses adversaires, un terrain d’entente a minima peut toujours être trouvé. Mais à propos de doctrine religieuse, comment discuter ? Nous voilà face à des dogmes irrationnels qui ne supportent aucune approche logique, par conséquent tout ce que l’on peut faire c’est les présenter, les défendre, les illustrer, mais le reste dépend de la grâce d’une foi que ne commande pas la raison.
Retour à la tradition, mise aux pas de théologiens critiques, voilà une politique qui rendra ses lettres de noblesse à cette vieille Eglise secouée depuis des lustres par les vents mauvais d’une libéralisation débridée.
Elle en a besoin. L’Amérique du Sud, la terre de sa plus large composante, est la proie de sectes protestantes états-uniennes qui, avec l’aide de leurs dollars, propagent une théologie débile qui privilégie le succès personnel dont la réussite financière est la plus spectaculaire des manifestation. Les évangéliques de tout poil y sont, bien entendu, actifs.
L’Afrique aussi est la cible de ces néo-intégristes d’un profit étroitement lié aux visées expansionistes des Etats-Unis. Et ne parlons pas de l’Europe de l’Ouest, déchristianisée.
Je crois que le pape Ratzinger n’a pas varié d’un iota depuis ces jours du Concile où il admirait la fougue des tenants d’une théologie de la libération. Avant de se lancer dans cette condamnation sans appel du capitalisme égoïste et jouisseur, il lui faut assurer ses arrières, remettre de l’ordre dans les rangs et, l’argent étant le nerf de la guerre, conforter ses positions aux Etats-Unis, d’où proviennent au Vatican ses plus importantes capitations, mises à mal par le scandale des prêtres pédophiles.
A quatre-vingt un ans, il est dans une forme éblouissante et d’une acuité intellectuelle prodigieuse. Ce ne sera pas un pape de transition.
Les catholiques ont de la chance de le savoir à la tête de leurs destinées.


(1) « Sauf chez quelques illetrés du peuple et du monde, pour qui la différence des genres est lettre morte, ce qui rapproche, ce n’est pas la communauté des opinions, c’est la consanguinité des esprits » (A l’ombre des jeunes filles en fleurs. p.7)

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