Un pape à contre-courant.

Publié le par Ali

 

Benoit XVI

Qu'on ne s'y trompe pas, cet homme est efficace. C'est un intellectuel rompu aux joutes dialectiques, un prêtre de théorie plutôt que de terrain, mais qui n'a pas son égal pour faire la synthèse des choses et des gens.
Son Eglise en Europe, et en France tout particulièrement, ne va pas bien. L'Europe se déchristianise, la relativité morale devient la règle, le syncrétisme religieux ou la foi à la carte  la règle.
Il veut que cela cesse.
Et pour cela il a pris le parti de faire marche arrière, et il a sans doute raison.
La pratique de la foi s'inscrit dans un contexte où l'espace et le temps profanes sont annexes et non plus référents. Il y va d'une plongée dans un sentiment d'éternité où l'ego hic et nunc se dilue dans ce que Corbin qualifie si bien de monde imaginal.
L'aggiornamento de l'Eglise Catholique n'a pas résisté à la poussée du modernisme, cette tendance condamnée par PieIX, dès lors, pourquoi s'entêter dans une voie qui répugne à bien des fidèles et revenir à ce qui fit, durant des siècles, la griffe du catholicisme romain ?
Mais Benoît XVI est aussi un fin connaisseur des ressorts qui animent la psychè humaine et, surtout, il est théologien hors pair. Alors, il va combiner l'aspiration à un supplément d'âme à un renforcement d'une doctrine dont l'application stricte a valu à Rome d'être reconnue comme première confession chrétienne, ce qu'elle est toujours aujourd'hui.
L'âme, c'est le retour au rite - en latin, pourquoi-pas ? - au pompes et aux ors de la liturgie. Il sait que l'homme aime sentir au sein du rituel les effluves du Paradis.
La doctrine, c'est le retour à l'orthodoxie : pas de salut en dehors de l'Eglise qui œuvre, avec ses fidèles, pour que leur salut éternel prenne le pas sur leurs aspirations profanes et qui, dans ce monde matérialiste ont pour nom : argent, consommations, honneurs, et autres bling-bling.
C'est aussi l'arrêt de de cette frilosité des catholiques qui doutent de leur foi et de leur Eglise. rappel leur est fait à plus de conviction, de foi militante et affirmée.
Exeunt les rencontres avec les autres religions où, à part les mondanités religieuses et les petits fours de circonstance, le souffle de l'Esprit est singulièrement absent.
C'est l'affirmation que le catholique, en tant que catholique, a son mot à dire dans la Cité laïque et qu'à l'avenir, il le dira, haut et fort s'il le faut.
Qu'en penser ?
D'abord, qu'il fait bien son travail. Sans barnum médiatique comme l'aimait son prédecesseur. Qu'il insiste sur le fait que le fondement de la morale repose, sans doute, sur le contrat social, mais que la force de cohésion de ce dernier n'est pas assez forte que pour lui réserver l'exclusivité.
La laïcité, dont je suis un fervent défenseur, et qui pour moi n'est rien d'autre que considérer l'habitant de la Cité dans sa seule et unique qualité de citoyen, devra compter avec ce prélat onctueux, plus Romain que Bavarois et qui sait ce qu'il dit et où il va.
Il n'a pas fini de faire parler de lui !


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A
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