A qui profite l'insécurité ?

Publié le par Ali



Les peuples aiment les chefs. Tout particulièrement quand les temps sont durs, l’avenir trouble et le présent incertain. Cette crainte du lendemain explique la hausse dans les sondages des gouvernants au pouvoir : Merkel en Allemagne et Sarkozy chez nous en sont les heureux bénéficiaire.

Souvenez-vous de mai 68 ; à la fin du mois, un million de bourgeois qui jusqu’alors vivaient terrés chez eux, ont descendu les Champs Elysées pour hurler leur fidélité à De Gaulle et quelques semaines après, le parti au pouvoir se retrouvait avec une majorité super-absolue au Parlement.

En Allemagne, dans les pires désastres de la guerre, Hitler et sa clique sont restés au pouvoir, malgré un attentat qui n’impliquait que ses auteurs, vite pendus à un crochet de boucher.

Et les gouvernants le savent. De là,  à entretenir le climat insécuritaire il n’y a qu’un pas que je ne tarderai pas à franchir.

Des jeunes gens de bonnes famille vivent en communauté dans un coin perdu de Corrèze.

On les soupçonne, sans preuves, de saboter des caténaires, mais on saisit chez eux des livres « suspects » (que l’on peut acheter dans toutes les bonnes librairies et que je peux même vous prêter) ; peu importe que la justice les relâche tous sauf deux, leur arrestation spectaculaire a permis de conforter la crainte du citoyen lambda et de permettre à la Ministre de l’Intérieur d’exhiber sa détermination à « lutter contre le terrorisme ».

On trouve cinq pains de dynamite dans un grand magasin de Paris, matérialisation d’une revendication totalement fantaisiste, et nous voilà cernés par des pandores en tout genre, publics comme privés, en civils comme en uniforme.

Ajoutez à tout cela une crise économique et financière qui ne fait que commencer et apporte chaque jour son lot de fermeture d’entreprises, de délocalisations, d’escroquerie planétaire et ainsi de suite...

Ce climat délétère permet de juguler sournoisement les libertés individuelles. Contrôle de police multipliés, arrestations et gardes à vue à croissance exponentielle.

Et ce n’est pas tout, le pouvoir reprend le contrôle de la télévision publique, comme c’était le cas sous les Général !

Et il s’occupe aussi de l’école, le pouvoir. Cela fait des années en Europe que l’humanisme a disparu du vocabulaire scolaire. Ce que l’école doit faire, disent nos gouvernants, c’est former des filles et des garçons qui, au sortir, seront « rentables », qui serviront le tissu commercial et industriel en place. Connaître les belles lettres et les belles choses, quelle perte de temps et d’argent public. Et puis, ce qu’il faut à nos gouvernants, ce n’est pas un peuple qui pense, mais qui travaille, qui  travaille même le dimanche et puis se tienne tranquille devant les écrans de la télévision. Le meilleur des mondes !

Un climat insécuritaire permet même de brimer l’expression des droits sociaux, de contrer les grèves et contrôler les bloggeurs impertinents, comme ce vieux Monsieur qui vous écrit.

Et céder à la tentation de le provoquer ce climat, d’en rajouter un peu, de faire en sorte que le bon peuple soit obnubilé par sa sécurité est de bonne guerre. Il n’en sera que plus reconnaissant au monarque.

Mais ne vous y trompez pas, les despotes, même éclairés, ont fait leur temps et ces fins de règne sont violentes. Pour un peu de sécurité immédiate, le prix sera très lourd à payer.

La démocratie c’est le pouvoir au peuple.

Et le peuple doit le mériter.

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