Autopsie d'un "droit à l'existence"

Le journaliste Robert Fisk a cette confession étonnante dans The Independent :
Nous sommes tellement habitués au carnage au Proche-Orient que cela nous est devenu indifférent – du moment que nous n’offensons pas les Israéliens. On ne sait pas au juste combien de morts à Gaza sont des civils, mais la réponse de l’administration Bush, sans parler de la réaction pusillanime de Gordon Brown, réaffirme aux Arabes ce qu’ils savent depuis des décennies : quelle que soit la façon dont ils luttent contre leurs antagonistes, l’Occident prendra le parti d’Israël. Comme d’habitude, le bain de sang est la faute des Arabes – lesquels, comme nous le savons, ne comprennent que la force.
Etonnante car totalement nouvelle dans la rédaction des médias occidentaux , elle inaugure, j’espère, une ère de lucidité dans la perception qu’ont les occidentaux du conflit qui ravage depuis plus de soixante ans cette malheureuse région. Il était temps !
Israël paie un prix fort pour sa dernière rage meurtrière : la défaveur de l’opinion publique horrifiée par ces massacres de civils sans défense ; le prétexte de quelques roquettes qui explosent à Sdérot ou ailleurs, sans blesser ni tuer personne, ne tenant plus la route et le caractère délibérément prémédité de cette agression
Vient maintenant le temps des interrogations et des remises en cause, et parmi ces dernières, l’affirmation que martèle inlassablement Israël : le droit à l’existence.
Le droit, c’est l’ensemble des règles qui régulent le « le vivre ensemble », et ces règles se traduisent dans ce que nous appelons le « droit positif » (une Constitution, des Codes, des Règlements etc…).
Sur quoi se fonde la légitimité du droit. Qu’est-ce qui fait qu’une règle juridique est légitime, voilà à quoi tentent de répondre juristes et philosophes du droit.
Et juqu’à présent, leur meilleur réponse fut celle de l’adéquation entre le « droit naturel » et le « droit positif ».
Le « droit naturel » est un droit qui va de soi. Ainsi ne pas tuer son prochain, ne pas voler etc… C’est un droit qui s’impose comme « allant de soi ». La France et les autres nations ne réclament pas de « droit à l’existence », il va de soi ! Et il y a adéquation entre le droit naturel qui voit ce pays vivre et perdurer et le « droit positif » qui le consacre (Reconnaissance internationale, par exemple ).
Avec Israël, cette adéquation n’existe pas, d’où l’insistance des sionistes à s’en prévaloir sans cesse.
Je m’explique : Israël a été reconnu par un vote des Nations-Unies en 1948. Deux-tiers des votants devaient se prononcer pour, ce qui fut fait. Le « droit positif » est sauf.
Or, aucun des votes favorables n’émanait des voisins d’Israël, ceux qui, le plus, étaient concernés par la création de l’entité sioniste.
Si la mairie décide, avant de construire, dans le quartier où vous habitez, un ensemble qui peut vous apporter une nuisance, de consulter la population de la ville et que ce sont les habitants des quartiers les plus éloignés du vôtre qui votent pour et fondent la majorité requise, il y aura hiatus entre ce vote et votre préjudice.
Il aurait été plus naturel de consulter et de discuter avec vous et vos voisins immédiats des tenants et aboutissants de ce projet. C’est ce qui se fait régulièrement au niveau municipal.
C’est cet hiatus entre « droit positif » et « droit naturel » qui fait que « naturellement » Israël n’a pas de droit à l’existence. Le droit qu’il excipe est purement artificiel.
Comment faire, à présent que le mal est fait ? Ca, l’avenir nous le dira. Or, ce dernier joue en faveur des Palestiniens ce que les dirigeants sionistes s’obstinent à ne pas comprendre.
Reprendre le tout à zéro, sans aucun tabou, il faudrait avoir du courage pour l’admettre une fois pour toute.
Le poids de l’opinion publique internationale sera déterminant pour que les sionistes se décident, enfin, à une remise en cause radicale de leur position.
Après, il sera trop tard.