Mai 68 sous les tropiques
Quatre semaines qu'ils sont en grève générale et cela se passe en France, à la Guadeloupe. La Martinique, qui n'est pas loin, prend le pli à son tour, à quand la métropole ?
Les choses en sont arrivées à ce point, que les braves gens, estimant qu'ils n'ont plus grand chose à perdre, ne font rien sinon défiler dans la rue, bloquer l'accès aux grandes surfaces, aux voies de communication et clamer leur colère face à la dureté des temps.
Voilà où les a mené la politique de ce gouvernement.
Cinquante-trois pour cent des Français, nous révèle « Libération » ne croient ni au programme du gouvernement, ni à celui des socialistes pour contrer les effets de la crise. Ils sont prêts, ils l'ont dit, à concevoir de nouvelles actions sociales pour affirmer leur désir que les choses changent. A la place de nos dirigeants, je ferai bien attention, une révolte naît d'un trop plein de rancoeurs, d'indignations et de colères face à l'ineptie et la morgue du pouvoir.
Et le succès attendu du nouveau parti de M. Besancenot, n'est pas là pour me démentir. Qui aurait cru à une telle progression de la gauche extrême ?
Neuf milliards prêtés à des banques qui distribuent le crédit à coup de lance-pierre et s'indignent quand on leur demande de geler les dividendes et les bonus de leurs directeurs, six milliards de prêts pour les fabricants automobiles, le tout avec des contreparties symboliques qui ne trompent pas l'opinion. Rien, pas un radis, pour les salariés, il ne faut pas être bachelier pour comprendre et dénoncer cette disparité.
Pas de discussion avec les étudiants, les chercheurs, les lycéens, le gouvernement « expliquera » promet-il, mais il ne cedera pas. Le gouvernement a toujours raison.
Et sur ce fond de morosité purulente, gisent les « affaires » comme on dit si prudemment, les casseroles japonaises de M. Chirac, les montres de Julien Dray, la disparition de ce journaliste en Polynésie et les confusions de M. Kouchner.
La France vient aussi d'intégrer le commandement militaire de l'OTAN. Cinquante ans d'indépendance envolés. On peut être allié et indépendant, on ne peut être intégré et indépendant, a dit M. Bayrou. Ce qu'il fallait démontrer.
A Madagascar, le pouvoir en place a fait tirer sur la foule des manifestants « comme on le fait sur des volailles », vingt-huit morts au moins...Que va dire Kouchner, que fera Rama Yade ?
En Israël, un parti raciste de la droite extrême se retrouvera sur le podium mercredi prochain.
Que dira Kouchner, que dira l'Europe si prompte, jadis, à mettre l'Autriche en quarantaine du temps de feu M. Jorg Haider ?
Il est temps, plus que temps, que le peuple démontre que le pouvoir, c'est lui, conformément à la définition de la démocratie. Seulement voilà, il n'y a de démocratie que s'il y a des démocrates et c'est là que le bât blesse ; des autocrates, tant que vous voulez, à Paris, Moscou, Bruxelles-sur-Europe ou Antananarivo...des démocrates ? pas évident à trouver... il y en a en Guadeloupe, c'est sûr, ils arrivent à la Martinique, on les attend à Paris.
Qu'ils se dépêchent !