Pourquoi ils n'aiment pas le Pape

Mais que veulent-ils du Pape allemand, ces sionistes qui s'imaginent que la Terre entière leur doit des comptes ? Qu'il se roule par terre, se frappe la poitrine à coups de « Mea culpa, mea maxima culpa » ? Et quoi encore ?
Il n'est pas sympa, répètent-ils, il n'en fait pas assez dans la repentance. Et puis, à Yad Vashen, son discours était convenu, il n'a utilisé que le verbe « tuer » pour évoquer l'holocause, c'est pas assez explicite, il aurait dû ... et ainsi de suite de jérémiades. On assiste à une véritable paranoïa, un glissement morbide et révélateur de la sémantique politico-théologique: Christ est mort pour tous, les juifs par tous
Et puis, dites-moi, quelle repentance ? Celle d'être né en Allemagne, d'avoir l'âge, où jeune, Hitler était déjà vieux, d'être catholique ?
Je me demande si cette dernière hypothèse n'est pas la bonne.
Le Pape est en « Israël » pour plusieurs raisons; outre l'impact spirituel, il y a la situation dramatique dans laquelle se trouvent les chrétiens du Proche-Orient qui sont aussi les victimes de la politique criminelle de l'entité sioniste. On l'oublie trop souvent, mais ces chrétiens sont des arabes qui ont combattu, qui combattent encore, dans les rangs de la résistance palestinienne. Il n'y a pas si longtemps disparaissait George Habache de glorieuse mémoire. Une référence, s'il en est.
Le but des sionistes est clair: épuration ethnique à tous les niveaux et Israël pour les seuls juifs. Déportation, génocide, assassinats pour tous ceux qui ne répondent pas à ces critères. Ce qui, pour l'Occident, était intolérable chez les Serbes, est pris en compte, accepté, compris chez eux. Devinez pourquoi...
Le silence de Pie XII. La voilà, la tarte à la crème qu'ils balancent à la figure de la première soutane venue. Il y eut, c'est vrai, un silence. Mais que savait-il Pie XII ? Autant que Churchill et Roosevelt qui se sont tus sans que personne ne s'en émeuve. Staline avait expressément demandé à Churchill que les industries installées à Auschwitz-Treblinka ne soient pas bombardées. Il voulait ravir les usines intactes. Ce qui fut fait. Pas une bombe sur les complexes jouxtant le camp de concentration, et pourtant Churchill et Roosevelt savaient.
Pie XII était avant tout un fin diplomate. Secrétaire d'Etat de Pie XI, il avait négocié les Accords de Latran aux termes desquels le Vatican était reconnu comme Etat souverain et le catholicisme religion d'Etat en Italie. Ce statut international lui vaut aujourd'hui une audience unique aux sein des instances internationales dont il tire un prestige à rendre jaloux les autres confessions chrétiennes. C'était remarquablement bien joué. Il eut aussi à choisir entre la peste et le choléra et, en l'occurrence, préféra le nazisme au communisme, espérant que l'un boufferait l'autre. C'était logique à partir du moment où il avait signé avec l'Allemagne nazie un Concordat dont le dégât collatéral fut le sabordage du parti catholique allemand.
L'Histoire est passée par là et les historiens nous diront, dans quelques dizaines d'années qui, dans ces heures sombres, a oeuvré comme il convenait de le faire.
Le Pape Benoît XVI, qu'on l'aime ou pas, est confronté, lui aussi, à une formidable gageure: rendre force et vigueur à un catholicisme qui, triomphant à la mort de Pie XII, s'étiole au bout de réformes modernistes qui ne remplissent pas les églises et vident les séminaires.
Qu'il se soit donc réconcilié avec les « intégristes » qui comptent des communautés ferventes, militantes et convaincues, est logique. Pourquoi une équipe se priverait-elle d'un joueur qui a du talent ?
Il veut la réunification avec les orthodoxes. Il a raison. Ces derniers conservent une foi intacte et n'ont avec les catholiques romains aucun désaccord théologique majeur.
Alors pourquoi pas ?
Il veut protéger les chrétiens du Proche-Orient. Pour cela, l'alliance objective des musulmans, des juifs pieux antisionistes et des chrétiens est nécessaire face au sionisme américano-protestant.
Reste l'affaire de cet évêque anglais...
Si ce Monseigneur tient des propos qui défient le bon sens et l'Histoire, ce n'est pas très malin de sa part et cela ne fait pas avancer sa cause, loin de là.
Les juifs ont été persécutés et massacrés par les nazis, parce que juifs. C'est une abomination. Que cela soit bien clair. Tout aussi clair que, face à ces massacres, la dignité est de mise et leur instrumentalisation une déviance indigne de la souffrance des victimes.
Mais c'est trop demander à ces sionistes.
Un bon Pape serait pour eux un Pape à leur dévotion. Comme l'était l'évangélique Bush, comme l'est ce trouble M. Sarkozy.
Alors, qu'ils ne l'aiment pas, cela nous indiffère et nous le rend d'autant plus précieux.