Obama: et maintenant ?
* photo: copyright alexismelissas.comMon ami et complice, le chevalier de Saint-Ignace, auquel je pardonne d'autant plus son titre que sa noblesse est naturelle, m'a fait parvenir ces quelques lignes qui éclairent avec talent l'élection historique d'hier.
IL L'A FAIT
Bien sûr, le système électoral américain est un peu tordu au regard du
nôtre, et jusqu'au dernier moment certains ont craint un remake de l'effet Bradley à quelques centaines de voix près.
Mais cette appréhension s'est surtout manifestée chez les Grands
Intellectuels Français, ce microcosme qui mériterait l'AOC «
Intello-médiateux-Parisien ». Idéologues de droâte et de gôche, qui ne
connaissent des USA que les boîtes de la 5ème Avenue ou les galeries
branchées du Strip de L.A., et ostensiblent leur pin « Je suis un
spécialiste de l'Amérique » quand il n'ont pas la formule tatouée sur le
front ou les fesses, parce qu'ils ont les moyens de traverser régulièrement l'Atlantique, le plus souvent à nos frais.
Ces oiseaux de malheur vont pouvoir rouler la caisse comme si c'était grâce à eux qu'Obama a été élu. On pourrait d'ailleurs se poser la question de savoir, vu les hypothèses qu'ils échafaudaient sur un échec possible, s'ils ne souhaitaient pas inconsciemment la défaite du candidat démocrate, le racisme étant universel et interculturel.
On va les entendre pérorer, et aller jusqu'à dire qu'ils ont gagné les
élections américaines. On va les voir partout nous imposer leurs miches et nous gonfler de théories à la noix sur ce qu'Obama va faire, parce que bien sûr, en bons hyper spécialistes de la politique américaine, ils savent exactement ce qu'il doit faire et ce qu'il va faire, vu que ses idées sont leurs idées, et ce sont eux qui l'ont inspiré, etc.
Pour ceux qui ont reçu mes derniers mails, dans lesquels je disais que
j'étais convaincu de la victoire d'Obama, je me rappelle maintenant comment
et pourquoi j'ai eu cette intuition.
Au mois d'août dernier, ARTE a diffusé un reportage sur l'Amérique blanche
dite « profonde », notamment dans les états du Middle West et les fameux «
swing states ». On y voyait des gens de condition très modeste, des blancs,
chrétiens pratiquants, très conservateurs, acquis au vote républicain depuis
des décennies, disant qu'ils voteraient Obama pour la simple raison qu'il
avait l'intention de mettre fin à la guerre en Irak.
Je me rappelle notamment l'interview d'une mère de famille qui avait 2 fils là-bas, un 3ème ayant fait la première guerre du golfe : elle expliquait qu'elle ne voyait pas pourquoi on envoyait ses garçons se faire tuer et tuer des innocents dans un conflit qui ne les concernait pas.
Là, je me suis dit que si on tenait ce discours dans la frange la plus
conservatrice, réactionnaire, et potentiellement la plus raciste, de
l'électorat américain, les républicains n'avaient aucune chance de passer.
Si je n'ai jamais eu les moyens de me payer un billet d'avion pour aller en Amérique, il se trouve que j'ai travaillé pendant des années avec les
Américains, pour le meilleur comme pour le pire, le pire étant les «
coon-asses » et les « red necks » croisés dans les champs de pétrole, le meilleur, les musiciens avec lesquels je « jammais » quand je donnais dans le jazz, et les techniciens qui nous ont formés quand la micro-informatique est apparue, il y a 20 ans.
C'est pourquoi, sans être ni un spécialiste ni un expert, je ne pensais pas me tromper quand j'ai eu mon intuition, et je ne pense pas me tromper non plus si j'avance que la victoire d'Obama n'est pas une victoire de politiciens d'arrière garde ni d'intellectuels qui prédisent le passé et expliquent le futur, mais que c'est la victoire des petites gens.
Les banalités ayant été dites, l'essentiel reste à faire, et pour commencer, tempérer l'hystérie collective car beaucoup de monde va croire que tout va s'arranger tout de suite et que demain on rase gratis.
Malheureusement, nous sommes encore très loin du compte, car les dégâts sont immenses, le décérébré W ayant laissé son pays en ruines et propagé la destruction au monde entier.
L'équipe d'Obama a des travaux herculéens à accomplir, et elle n'y arrivera pas toute seule. Je pense qu'il nous faudra, européens, nous mettre aussi au travail, et j'ose espérer que les dernières déclarations de notre gouvernement en sont le signe, qu'elles seront écoutées, et suivies de débats constructifs et d'actions concrètes.
Rapellons nous qu'il n'est pas de sauveur suprême : nous devons nous aussi, ici, nous mettre au charbon.
En effet, beaucoup de dirigeants européens n'ont pas encore compris la nocivité de l'ultralibéralisme financier; ils restent inféodés au leadership unipolaire qui a suivi l'effondrement de l'URSS et ne semblent toujours pas décidés à faire jouer à l'Europe sa propre carte.
J'en veux pour preuve l'incurie berlusconnienne, les lèvres pincées de la Merker, et l'abrutisme des dirigeants polonais (entre autres).
Sans nous faire trop d'illusions, attendons de voir si « l'effet Obama » va avoir des répercussions immédiates au G 20 qui devrai avoir lieu le 15novembre : on y verra plus clair.
Car, si « effet Obama » il y a, et si nous voulons que cet effet produise
des résultats, il ne faudra pas se contenter de suivre : il faudra y aller
de concert avec l'équipe américaine, voire lui ouvrir le chemin.
N'oublions pas non plus les mouvances néo-nazies toujours capables de
nuisance, ni ceux qui sont prêts à les utiliser ou les manipuler, lobbies
militaro-industriels et fortunes colossales qui vont avec: il va falloir
être très vigilant, et pas seulement aux USA.
Alors ce serait bien que les théoriciens, les intellos et les folliculaires
se calment, et laissent ceux qui ont un vrai métier et de vrais soucis
s'exprimer et faire le boulot.
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