Faut-il diaboliser l'Iran ?
Doit-on persister à diaboliser et isoler l'Iran ?
Le mois de décembre 2006 aura vu disparaître deux dictateurs parmi les pires, en l'occurrence Saddam Hussein en Irak, et Separmourad Nyazov au Turkménistan. Deux pays frontaliers de l'Iran, mis en garde unanimement par l'ONU, en raison de ses ambitions nucléaires.
Par ailleurs, deux évènements intéressants étaient advenus, qui ne semblaient pas avoir éveillé outre mesure l'attention des grands gourous de l'analyse géopolitique : le premier, c'est la décision de Téhéran d'envisager sérieusement de libeller ses factures en euros, et non plus en dollars, le deuxième, c'est le résultat des élections municipales dont M Ahmadinedjad est sorti affaibli. Et depuis, les barons du souk de Téhéran sont entrés en contestation.
Comment bien comprendre chez nous la portée de ces faits, révélateurs de la réalité iranienne, tant les occidentaux font preuve d'une ignorance confuse dans leur vision de ce pays et de son peuple ?
A l'ouest, on connaît assez mal l'Iran. A commencer par ceux qui persistent à confondre iraniens et arabes : c'est, quelque part, faire insulte à ces deux peuples. Comment réagiraient un grec et un finlandais si un habitant de Téhéran leur disait : « Vous, les américains, vous êtes tous les mêmes. » ?
1- Pour commencer : en finir avec les clichés imbéciles
Il y a presque plus de différences entre un qatari et un algérien qu'entre un suédois et un portugais.
Autant les distinctions sont grandes entres les peuples du Maghreb (ouest du monde arabophone) et ceux du Machrek (est du monde arabophone), autant les différences sont encore plus grandes entre les diverses nations arabophones et la nation iranienne, non seulement par l'histoire, que par les origines et la langue.
Ainsi, les iraniens ne parlent pas l'arabe, mais le parsi (ou farsi), et s'ils utilisent l'alphabet arabe, ils ont des lettres spécifiques qui n'existent pas en arabe (le v et le p, par exemple). On peut imaginer les divergences linguistiques.
Par ailleurs, si l'Iran est majoritairement musulman, sa culture est bien différente de celles du Machrek et du Maghreb : il faut bien se mettre cela dans la tête dès le départ si on veut avoir une vision sereine de la situation.
Et puisqu'on est sur le sujet, j'en profite pour ouvrir une parenthèse : il serait temps qu'on en finisse une fois pour toutes avec les conceptions folklo-réductrices qu'ont beaucoup de nos compatriotes sur le reste du monde.
Je suis couvert de honte quand j'entends un français, qui prétend « connaître l'arabe » parce qu'il a un plus ou moins vécu dans un pays du Maghreb, s'adresser à un ressortissant du levant ou à un égyptien en utilisant (très mal, du reste) des vocables algériens ou marocains.
J'ai été consterné, au Caire, dans certains restaurants, où j'entendais des conj' paye en voyage organisé réclamer de l'harissa, avec un accent débile de surcroît: pour avoir une idée de l'incongruité de la situation, imaginons un touriste saoudien demander de la tapenade ou de la rouille dans un restau de quartier au Danemark, en parlant anglais avec l'accent de Tarbes.
Autres grands moments cairoïtes, dans les souks de Khan El Khalili, où les mêmes essayaient de marchander en « arabe », alors qu'ils n'arrivaient même pas à compter correctement jusqu'à 2 dans la langue : enfin de compte, les deals se concluaient en anglais, que le vendeur égyptien parlait souvent mieux que l'acheteur « francaoui », lequel pour finir de se couvrir de ridicule, se faisait souvent saluer à l'issue de la transaction dans un français impeccable (comprenne qui pourra).
2- Pour mieux comprendre : un peu d'histoire
Mais revenons à l'Iran. J'y ai séjourné à plusieurs reprises dans les années 70 : à l'époque, beaucoup parlaient du pays comme d'une dictature sanguinaire, où la Savak (police politique), omniprésente, se livrait à des exactions de toutes natures, non seulement envers les opposants au régime, mais envers tout le monde, hommes, femmes et enfants confondus, les touristes pouvant même en faire les frais. A ce qu'il fallait en croire, la population vivait sous une chape de plomb, dans des conditions qui faisaient apparaître le régime de Franco comme un paradis.
Or, j'ai découvert des gens plutôt gais, d'une courtoisie extraordinaire, très travailleurs, vivant chichement pour les classes les plus modestes, mais dont les marques de misère, quand elles étaient apparentes (car la misère est universelle), n'étaient pas plus révoltantes que celles que j'avais vu en Afrique noire ou en Inde.
J'ai rencontré un peuple érudit, fier de sa culture et de son passé. Dans les maisons de thé des grandes villes, comme sur les ruines de Persépolis, j'ai eu des conversations inouïes avec des gens qui connaissaient - et revendiquaient - leurs 4 000 ans d'histoire.
Certes, la civilisation Persane, telle qu'on la voit à travers ses vestiges et les travaux des historiens, n'est plus ce quelle était (mais si on va par là, qu'en est-il aujourd'hui de la Grèce antique?).
Ce n'est pas une raison pour ignorer le rôle clé qu'ont joué les divers gouvernements persans et iraniens dans les temps modernes, où ils ont donné autant de fil à retordre aux ottomans, qu'aux russes et aux occidentaux.
Il faudra attendre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, et la combinaison de trois facteurs, à savoir l'épuisement d'une dynastie dans des luttes de succession permanentes, la forfaiture de la diplomatie britannique (qui trahissait régulièrement ses alliés persans, supportant mal une grande puissance aux frontières de l'Inde), et le pouvoir financier du cartel pétrolier, pour que l'Iran passe du statut de grande puissance à celui de vassal des empires coloniaux et néo-coloniaux. Cela aura quand même pris plus d'un siècle.
En 1978, j'étais employé dans une banque à Paris, et le syndicat dont je faisais partie m'avait prescrit de signer une pétition en faveur de l'Ayatollah Khomeini, pour « abattre le régime du Shah ». Voilà donc des particuliers qui n'avaient jamais mis le pied en Iran (ni même pour certains hors de leur département), qui amalgamaient arabes et persans, et qui me demandaient à moi, héritier de traditions laïques et républicaines, de me prononcer entre un monarque absolu, et un autocrate religieux !
Anecdote très révélatrice du niveau d'incompétence dont font preuve certains responsables syndicaux et politiques dans notre pays, quand il s'agit du monde oriental.
Bien sûr, je n'ai pas signé cette pétition. J'estimais que tout dictateur qu'il fut, le Shah appliquait tout de même la laïcité, et que l'Ayatollah, quoique soutenu (entre autres) par quelques formations démocrates et marxisantes, ne pouvait que mettre en place une théocratie.
Par dessus le marché, je ne m'arrogeais pas le droit de m'immiscer dans la politique intérieure de l'Iran (la CIA et le KGB le faisaient déjà très bien), et j'ai répondu à mon délégué syndical qu' « entre une dictature militaire et une dictature religieuse, on ne choisit pas »!
Bien entendu, j'ai été viré du syndicat.
Et Khomeini a pris le pouvoir, mais faut-il s'en étonner ?
Quand un peuple a conscience d'être issus d'une des civilisations les plus anciennes, les plus prestigieuses et les plus prolixes de l'histoire, que son pays dispose de ressources phénoménales, que sa langue et sa culture sont parmi les plus riches du monde, et, sachant cela, qu'on le pille et l'empêche de s'exprimer, il ne faut pas s'étonner qu'il se révolte.
Et comme le propre de toute révolution, est de finir par tomber entre de mauvaises mains (Lénine, Franco, Mao...), la révolution iranienne est tombée entre les mains des ayatollahs
Faut-il autant en conclure que les iraniens sont tous fanatiquement religieux, disposés à croire n'importe quoi et prêts à tout ? Rien n'est moins sûr.
3- Etat des lieux
Que se passe-t-il en Iran ? Y a-t-il vraiment un sentiment anti-occidental ? Du ressentiment, certainement.
D'une part, le peuple estime toujours qu'il a droit à une reconnaissance qui soit à la hauteur de son histoire et de sa culture, reconnaissance qu'on lui a déniée pendant la domination britannique et américaine.
D'autre part, après l'épisode Mossadegh (1953), qui avait nationalisé le secteur pétrolier avant d'être renversé par la CIA, les iraniens sont conscients que leur pays a été mis en coupe réglée pendant 25 ans.
En outre s'agissant d'énergie, ils savent comme tout le monde que le règne de l'énergie fossile arrive à terme. Et si les occidentaux se sont arrogé le droit à l'alternative nucléaire, pourquoi le refusent-ils à d'autres ?
Mettons nous à leur place : est-ce que nous n'aurions pas un sentiment d'injustice ou d'iniquité ? N'est-il pas logique que cela entretienne quelques rancœurs ?
Peut-on dire pour autant que le pays est animé d'une haine fanatique envers tout le monde occidental ? Et qu'il est disposé à se lancer dans un conflit nucléaire pour islamiser le monde entier ? A voir.
Pour commencer, observons que depuis la révolution de 1978, l'Iran n'a agressé aucun pays, et qu'il a surtout été victime d'agressions : de la part des Etats Unis d'abord, avec l'envoi de commandos pendant la crise de la prise d'otages, puis de l'Irak, soutenu activement par toutes les grandes puissances de l'ouest.
Donc, jusqu'à présent, il n'a montré aucune volonté d'agression. On a même été plutôt satisfait de voir qu'il ne soutenait pas les Talibans.
A supposer que l'Iran se découvre des velléités d'agression, Ahmadinedjad est-il à ce point stupide pour déclencher un conflit qui verrait toutes les armées du monde déferler sur son pays ? Et comment amènerait-il les bombes sur les objectifs ? L'opposition iranienne existe : resterait-elle passive en cas d'aventurisme ?
Remarquons par ailleurs, que lorsque la question du nucléaire iranien a commencé à se poser, Ahmadinedjad a tendu la main à Bush dans une longue lettre où il lui proposait, de croyant à croyant, de s'unir pour mettre un place une sorte de processus de paix universelle.
On peut penser que cette idée est celle d'un illuminé mystique. Mais alors pourquoi ne pas mettre sa diatribe à propos de l'élimination d'Israël sur le même plan ? Si on ne le prend pas au sérieux quand son discours est pacifique, pourquoi le faire quand il parle d'éradication ?
Bien sûr, il y a eu des précédents : à Munich, tout le monde a cru Hitler, mais sommes nous dans le même contexte ? Que représente la puissance de frappe iranienne actuelle par rapport à celle de l'Allemagne Nazie en 1938 ?
Ces questions sont importantes, pourtant , on ne les a pas posées.
Dès le début de la « crise » iranienne, les a-priori, les préjugés, les passions, l'ignorance, l'ont emporté sur la raison.
Dès le début, on a assisté à une levée de boucliers, à des discours davantage teintés d'indignation et de menaces, que de véritables intentions de dialogue et de concertation.
Avec pour résultat de voir un pays, déjà marginalisé, parce que qualifié d' « état voyou », classifié dans l' « axe du mal », s'éloigner davantage de la communauté internationale.
Mais avons nous le droit, voire les moyens, de continuer à frapper l'Iran d'ostracisme et de l'isoler ?
4- Après l'histoire , la géographie : politique et réalisme
Ouvrons l'atlas, et regardons la position géographique de l'Iran :
- A l'ouest :
o Frontière stable avec la Turquie, malgré la question kurde
o Arménie et Azerbaïdjan, pays instables, en dispute à propos du haut Karabakh et du Naxçivan.
Par ailleurs, l'Azerbaïdjan est majoritairement de confession musulmane. Que pourrait-il se passer si le conflit avec l'Arménie s'envenimait ?
- Au nord : le Turkménistan, ancienne république soviétique, qui pourrait bien exploser; Nyazov disparu, les oppositions, jusque là muselées, vont vouloir s'exprimer. Et si l'Iran décidait de soutenir les factions islamistes ?
- A l'ouest :
o Afghanistan : la coalition a débarqué les Talibans, qui se sont apparemment trouvé de nouveaux alliés, mais toujours pas avec l'Iran. Qu'en sera-t-il si nous continuons à isoler ce dernier ?
o Pakistan : il dispose de l'arme atomique. Aujourd'hui allié des occidentaux, mais qu'adviendra-t-il si les leaders intégristes ou si les mollahs s'emparent du pays?
- Au sud : l'Irak, le Golfe Persique, l'Arabie et les émirats.
o Pour ce qui est de l'Irak : il semble que la guerre civile soit entretenue par les réseaux d'Al Qaïda, et l'opposition sunnite. Les Iraniens chiites n'ont jamais soutenus Al Qaïda. Mais ils peuvent changer d'avis si on les y accule.
o L'Arabie et les émirats : pour l'instant « alliés » des occidentaux. Chacun sait que leur stabilité repose sur la force armée. Les intégristes sont à l'affût, pour l'essentiel des sunnites wahabites, opposés aux chiites. Jusqu'à quand ?
o Golfe Persique : malgré le contrôle de la marine américaine, trafiquants et terroristes y circulent comme sur un boulevard. Or les Iraniens connaissent la zone depuis des millénaires.
Il y a de quoi réfléchir.
Ne commettons pas l'erreur grossière de penser que l'Iran n'a pas pleine conscience de son importance géostratégique. Il attend sans doute même qu'elle lui soit reconnue.
Et peut-on raisonnablement continuer à lui refuser cette reconnaissance ?
Certes, on peut toujours lui demander d'accepter un contrôle sur le nucléaire civil, ou de revenir sur certaines lois telles que le mariage de femmes à 9 ans, mais ses réticences doivent-elles obligatoirement entraîner le refus du dialogue et la mise au banc des nations ?
Cela fait des années que la Turquie refuse de revoir sa position sur Chypre et le génocide arménien. Pourtant la Turquie continue de faire partie de l'OTAN, et d'être un partenaire commercial de premier rang.
Il y a bien deux poids, deux mesures en ce qui concerne l'Iran, mais qui détient le leadership de l'opposition anti-iranienne, et entretient délibérément un discours de défiance et de rupture avec les instances dirigeantes de ce pays ?
Une fois encore, on retrouve les mêmes vedettes de la conception géopolitique à la mords-moi-le-nœud :
- A droite, les Etats-Unis, champions toutes catégories du fiasco diplomatique, hélas dirigés par des lobbies d'affaires ultras-cathos toujours prêts à dégainer leur colt et leurs missiles, avec leurs alliés néo-libéraux qui ne connaissent que le langage de l'intimidation et du chantage économique. Obama va-t-il changer la donne ? A voir...
- A gauche : les analphabètes de la géostratégie, les mêmes qui faisaient signer des pétitions en faveur de Khomeini il y a 30 ans, organisations de gauche ou social-démocrates pour la plupart, écolos ou alter mondialistes pour d'autres, avec leurs soutiens intello-médiateux adeptes de la pensée unique.
Ne nous laissons pas aveugler par le dogmatisme de ces gens là, qui raisonnent surtout en termes d'intérêts financiers, de maintien au pouvoir, d'intégrisme confessionnel, ou d'idéologie pseudo-humaniste.
Restons pragmatiques : l'Iran est bordé par une puissance officiellement nucléaire (le Pakistan), et trois pays qui ont indirectement accès à une utilisation militaire de cette technologie (le Turkménistan, l'Azerbaïdjan, l'Arménie). Un peu plus loin, Israël et l'Inde ont la bombe.
Tout le monde sait que parmi les experts en matière de technologie de l'atome, il en est qui sont très sensibles à l'argument financier, et qu'il y a des fuites continuelles.
Or , non seulement l'Iran dispose de la manne pétrolière, mais il trouve des alliés à la marge : Khaddafi, Chavez..., tous riches et ayant des comptes à régler avec l'establishment du pouvoir américain. Là encore, un beau chantier attend Obama.
Si on fait le lien entre les moyens financiers qui peuvent être mobilisés, et la proximité des détenteurs actuels de la technologie nucléaire, une évidence s'impose : la question n'est plus de savoir si l'Iran peut y accéder, mais quand.
Alors veut-on qu'il y arrive par ses propres moyens, comme ça, il en fera l'usage qui lui semblera bon, ou choisit-on la co-opération, comme antichambre de la concertation ?
Cette dernière option implique qu'on ne ferme pas la porte. Or, c'est ce qu'on n'a eu de cesse de faire, rapportons-nous à la condamnation unanime de l'ONU, sous la pression des faucons américains et israéliens, et de certains idéologues mal inspirés. D'où une question impertinente : est-ce l'Iran qui tourne le dos à la communauté internationale, ou l'inverse ?
5- Et pourtant...
Car à y bien regarder, en décidant de facturer son pétrole en euros, Téhéran indique clairement les interlocuteurs qu'il choisit : peut-on laisser passer cette occasion ?
Malgré ses provocations à l'égard d'Israël et des juifs, en dépit de son discours flou sur l'usage de la technologie nucléaire, on aurait tort de réduire Ahmadinedjad à un illuminé fanatique.
Certes, son discours est inquiétant. Mais que penser de celui d'Avigdor Lieberman nouveau membre éminent du gouvernement israëlien à lépoque où les propos du président Iranien faisaient polémique ?
Certes, les Ayatollahs ont une vision de la société qui nous dérangent : mais la société saoudienne et des émirats ne présente-t-elle pas aussi des aspects dérangeants, notamment en ce qui concerne le statut des femmes, l'esclavage, la liberté d'expression, etc? Pourtant on commerce avec ces pays : on leur vend même des armes.
Certes, l'Iran n'est pas un modèle en ce qui concerne les droits de l'homme. La Chine non plus, pourtant on y est allé la fleur au bec pour les jeux olympiques. On lui vend de la haute technologie, tout en sachant pertinemment qu'elle est leader sur le marché de la contrefaçon et du piratage de brevet. Et elle a la bombe : qu'y trouve à y redire ? Les oligarques chinois seraient-ils plus raisonnables que les élus iraniens ?
Cessons un instant de diaboliser le régime iranien, et considérons la réalité des faits : leur contentieux se concentre essentiellement sur les Etats-Unis.
Posons nous alors une question pragmatique : malgré toutes nos différences, ne serait-il pas possible que les iraniens, au fond, ne nous veulent que du bien, aux européens, en tous cas (avec une petite réserve concernant les Britanniques) ?
Contrairement à ce que préconisent certains de nos ministres, et leaders de l'opposition, ne serait-il pas plu intelligent d'engager un vrai dialogue, attendu que nous avons en face une nation responsable, consciente de son importance ?
Car au delà de la question nucléaire, d'autres « chantiers » pourraient avancer : Liban, Palestine, Irak...
6- Nous n'avons rien à perdre
La France, l'Europe, n'ont rien à perdre dans l'établissement de relations normales, voire privilégiées avec l'Iran.
Une chose est claire : jamais plus ce pays ne sera dépendant des puissances occidentales ni inféodé à elles, comme ce fut le cas entre 1840 et 1978, mais rien n'interdit de penser que les européens trouvent chez les iraniens des alliés sincères et d'une loyauté à toute épreuve.
Politiquement, on en tirerait 3 avantages quasi-immédiats :
- Des accords normalisés et privilégiés avec un grand pays de confession musulmane remettraient les pendules à l'heure, quand pointent des critiques sur la façon dont l'Europe « chrétienne » traite les nations non chrétiennes.
- Une alliance stratégique aurait le double effet :
o De renforcer les efforts de la communauté internationale pour lutter contre les réseaux terroristes et les trafiquants implantés dans la région,
o De sécuriser les approvisionnements et les échanges énergétiques
- Une ouverture diplomatique franche ne pourrait qu'aider à résoudre les conflits en cours au Moyen Orient; et permettrait de mieux ouvrir les routes d ‘Asie centrale.
Economiquement, on sait que les échanges avec l'Iran ont toujours été fructueux, même s'il faut s'attendre à ce que dans l'avenir ils soient plutôt rééquilibrés en sa faveur.
Mais on peut voir encore plus loin : on sait que la Chine et l'Inde sont des puissances montantes, rivales redoutables sur le plan commercial et industriel. On a tout à gagner en développant un partenariat qui permettrait à l'Iran de leur faire concurrence, tant dans l'Océan Indien qu'en Asie Centrale. Par dessus le marché, d'un point de vue logistique, la position de l'Iran est très intéressante pour l'Europe.
Des échanges culturels, enfin, permettraient de se mieux connaître, et partant, de mieux comprendre et faire comprendre les positions de chaque partie sur la religion et la laïcité, la condition féminine, l'organisation de la société, etc.
Une conclusion s'impose : il faut dialoguer avec Téhéran !
Tant pis si cela fait grincer des dents nos cousins et alliés de toujours d'Amérique : ça ne sera pas la première fois, et ils devraient savoir maintenant qu'on s'est beaucoup moins trompé qu'eux en matière de politique étrangère.
Ahmadinedjad est ce qu'il est, mais rien ne dit qu'il restera toujours au pouvoir. En attendant, il est essentiel de traiter avec lui comme avec n'importe quel dirigeant d'état souverain.
Et si ça colle la chiasse au petit monde de la gauche bien-pensante, et du milieu intello-médiateux-parisien adepte de la pensée unique, j'ai une bonne nouvelle pour eux : les persans ont trouvé depuis plus de 3000 ans un remède infaillible contre la diarrhée et la dysenterie : une préparation spéciale à base d'extraits naturels de plantes, dont l'opium est le composant principal : ça soigne très bien et surtout ça calme.
de Saint-Ignace