Les liaisons journalistes et politiques...

Publié le par Ali

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« Amours, ruptures et trahisons » d’H. Coudurier : ces liaisons mortifères entre politiques et journalistes

 

Le triptyque « Amours, ruptures et trahisons » ferait penser au titre du film « Pain, amour et jalousie » de Comencini avec Gina Lollobrigida. Seulement, on est loin ici de la fiction. C’est le titre d’un livre du journaliste, Hubert Coudurier, qui décrit le passage de témoin à l’arraché entre le clan chiraquien et la tribu sarkozyste et où une journaliste aujourd’hui peut jouer à Lollobrigida (1). 


Un « tueur » qui trouve plus « tueur » que lui

Le titre se suffit à lui-même. Nul n’ignore qu’ au vu et au su de tous, le fils a assassiné politiquement le père qui n’en a pas cru ses yeux, lui dont on disait qu’il était un tueur sans égal. Son tableau de chasse, on le connaît : J. Chaban-Delmas a été le premier à en faire les frais en 1974 ; puis ça a été le tour de V.Giscard d’Estaing en 1981. É. Balladur et même Ch. Pasqua ont été envoyés aux « mines de sel » en 1995 après leur trahison. 

La photo choisie en couverture résume à elle seule l’incrédulité du président Chirac devant l’effronterie de son ministre de l’intérieur, N. Sarkozy. La métonymie révèle bien sa tragédie : il le domine de la tête et des épaules, il le toise. Mais son petit disciple, mâchoires serrées, n’en a cure : il cligne des yeux, tourné vers un avenir qui, il le sait, lui appartient. Le président Chirac, le visage raviné de rides, sent sa créature lui échapper : elle a même réussi à neutraliser son dauphin, D. de Villepin.

Une symbiose mortelle entre politiques et journalistes

Ce type d’ouvrage se nourrit à la fois d’une recension des événements de la période décrite et des propos glanés ici et là dans la proximité officielle ou officieuse des politiques. Ceux-ci ne feignent souvent d’invoquer la confidentialité auprès des journalistes que pour être sûrs qu’ils rapporteront leurs audaces. Ainsi, selon l’accueil reçu, peuvent-ils se payer le luxe de les démentir ou non : 
la fuite organisée est tout un art. C’est sans doute ce commerce entre journalistes et politiques qui intéresse le plus dans ce livre. On ne le découvre pas, mais on en retire une nouvelle illustration de cette symbiose mortelle pour l’information dans une démocratie.

La mainmise sur les médias

Sans l’avoir inventée, « l’administration sarkozyste » semble avoir porté l’imbrication entre médias et gouvernants à un point peut-être inégalé. Les principaux groupes médiatiques (journaux, radios, télévision), on le sait, sont d’abord entre les mains des amis milliardaires du président. Y a-t-il une nomination et une éviction, parmi les hommes et les femmes responsables de la diffusion l’information, qui lui échappent ? La réforme de l’audiovisuel publique prévoit en plus de confier au président de la République la nomination de son PDG. La boucle sera bouclée. « 
Les médias en ligne de mire  », titre la 5ème partie du livre. « La conquête des médias », « Big Brother au pouvoir », « Les voix de la France » en sont les chapitres. Malheur à qui prend le risque de déplaire, même quand on dirige Paris-Match. Avec ses longs états de service de soumission à la tête du JT deTF1, PPDA n’a pas pesé bien lourd non plus, après avoir osé dans une interview traité le président de « petit garçon hilare de se retrouver dans la cour des grands ». 

Un journalisme de copinage dont on se flatte

Ce qui frappe, c’est la connivence, le copinage. Président et journalistes se tutoient. Il paraît que c’est la ruse du Président pour feindre une familiarité à laquelle les malheureux se laissent prendre. Et si l’on en croit Anne Fulda, journaliste du 
Figaro, cette familiarité peut être poussée beaucoup plus loin. « Au grand jeu de la séduction réciproque entre pouvoir politique et pouvoir médiatique, demande H. Coudurier, certaines consoeurs se sont-elles brûlées ? » On est bien près de le croire ! Pas brûlées, mais carbonisées ! Pas du tout ! rétorque Anne Fulda qui se sent visée. « Je ne veux pas passer pour une victime. Il (M. Sarkozy) est arrivé au bon moment, et on s’est servi l’un de l’autre. » Peut-on être plus cynique ? Voilà pour la distance que le métier exige si l’on veut que l’information ne verse pas dans la promotion ! Fulda ne s’en cache pas ! Et ça ne l’empêche pas de continuer d’officier toujours au Figaro ! Le comble est qu’elle paraît même tirer gloire d’avoir dansé autour de l’homme de pouvoir comme l’insecte autour de la lampe-tempête.

Un journalisme d’accréditation au sifflet

L’image que le président se fait des médias n’est pourtant pas reluisante. Il s’en est ouvert sans ambages lors de sa conférence de presse du 8 janvier dernier. « 
Tu vas voir, je vais me farcir tous ces cons  », aurait-il confié, selon l’auteur, à son premier ministre juste avant. Pour sûr, il se les est farcis ! Ça se résume en deux phrases : si vous êtes à mes basques, leur a-t-il asséné, c’est que je vous ai sifflés : sinon, vous ne pouvez pas m’approcher. On aurait aimé que l’auteur s’attarde un peu sur cette conférence de presse qui a résumé la philosophie médiatique du président (2). N’est-ce pas d’ailleurs ce jour-là qu’il a annoncé à la surprise générale qu’il allait supprimer la publicité sur les chaînes publiques, sans trop prévoir comment elles seraient à l’avenir financées ? Le problème reste entier. 

Le danger des médias courtisans

De ses propres gravitations autour des hommes de pouvoir, H. Coudurier relève toutefois quelques formules qui campent tantôt les personnages tantôt leur projet politique. « (Le président Sarkozy), dit-il par exemple, en citant M. Claude Guéant,
 est convaincu que la communication est un élément essentiel de l’action. » On l’avait deviné. Elle risque cependant de n’en être que le masque. Et gare à l’instant où il tombe ! Il est vrai qu’on peut compter sur les médias domestiqués pour le maintenir jusqu’à perdre toute mesure comme le Journal du Dimanche du 16 novembre dernier qui a osé titré « Sarkozy en maître du monde ». Un prince à ce point adulé doit-il s’en réjouir ou a-t-il du souci à se faire ? 


Hubert Coudurier pencherait pour le souci : « 
 En définitive, écrit-il, on ne gagne jamais vraiment contre les médias. Ils contemplent s’ascension et la chute de génération de politiciens qui se succèdent au pouvoir comme autant d’insectes dont ils arracheraient peu à peu les ailes. » On suppose qu’il veut parler des rares journalistes qui veillent à ne pas se brûler les leurs en gardant leurs distances avec les bêtes de pouvoir. Paul Villach


(1) 
Hubert Coudurier, « Amours, ruptures et trahisons », Éditions Fayard.
(2) 
Paul Villach, « L’humiliante leçon de journalisme donnée par le président Sarkozy pendant sa conférence de presse », AGORAVOX, 9 janvier 2008.

 

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