Gaza à Paris sur les boulevards

Publié le par Ali



Bakchich est un site étonnant de liberté d'esprit et de ton, on y trouve de tout, certains diront le pire et le meilleur, je ne suis pas de ceux-là, toujours est-il que ce compte-rendu du reportage de la manif de samedi tranche sur la morne convenance des medias traditionnels.


http://www.bakchich.info/article6363.html


Sans le sou pour envoyer un émissaire à Gaza, Bakchich a lâché son correspondant dans la manifestation de soutien à la bande de Gaza, qui s’est déroulée samedi 3 janvier. Récit d’un « embedded ».

« Sarko t’es foutu, la racaille est dans la rue ! ». A l’exception des moments où j’étais moi-même sur «  le champ de bataille », je n’ai jamais manqué d’aller observer les manifestations anti-guerre rabotant le pavé de Paris. Celle de samedi était étonnante, une première. Finies les manifs soviétiques avec les gros partis, les gros syndicats. Les uns et les autres sont morts, je veux dire que leur capacité d’indignation ne s’exerce plus qu’en des occasions extrêmes, pour des voix volées par Martine et Ségolène ou pour ces nouveaux horaires des trains qui ne conviennent pas aux conducteurs de locomotives.

L’Irak, l’Afghanistan, la Palestine ? Les chefs des gros partis et gros syndicats, qui gèrent leurs ouailles comme un fonds de pension, ces affaires-là, ils s’en tapent. Alors on voit surgir d’un je ne sais où – qu’on appelle « quartiers difficiles » – des drôle de types, des drôles de filles, d’étonnants parents que l’on ne voit jamais dans les rues de Paris en des temps ordinaires. Certes me direz-vous, le recrutement des manifs nouvelles est un peu ethnique, mais il est aussi français que moi, avec du tonus et de multiples raisons profondes de se battre : la douleur que laissent les blessures de l’humiliation et celles du déni.

Internet, Al-Jazira et Al-Arabia mobilisent à Paris

Pourquoi ces gens que l’on confine habilement dans leurs ghettos, que l’on ne voit qu’entre les murs, au cinéma, ont-ils trouvé le chemin de la place de la République (je veux dire la place de la…) ? Enquête faite, ce ne sont pas les mosquées, dont le pouvoir prescripteur est en déclin, qui les ont convoqués dans la rue. S’ils sont là, c’est certes pour répondre aux appels de quelques associations, mais surtout pour les images de Gaza qui s’affichent dans les écrans des télévisions dites « arabes », vitrines d’un monde qui est aussi le leur. Ce sont bien ces images qui les poussent à la plus grande des colères, plus forcément « sainte ». Quel que soit son mérite, ce n’est pas «  Jeunes pour la Palestine » qui mobilise, mais Al- Jazira, Al-Arabia et tous les relais de l’Internet.

Et que fait la foule (50 000 selon les manifestants, 25 000 selon la police et 2 selon le BHL) ? Ignorant l’antique organisation de masse, elle débarque avec des slogans à elle, qui n’ont pas été limés sur l’établi du politiquement admis, et vire parfois à l’odieux avec des cartons qui mélangent croix gammée et étoile de David, des drapeaux taillés dans des draps. Alors c’est un peu le bordel, et ça crie en français et en arabe : Allah Akbar n’est plus un chant de prière mais un simple mot de passe. Partie à 14 heures 45 de la République, la queue de manif n’atteint la place Saint-Augustin (un berbère !) que sur les coups de 18 heures, ça vous mesure un défilé. Les flics de MAM, qui s’y connaissent en matière de provocation, au lieu d’organiser la dislocation du cortège vers la rue de la Pépinière et la gare Saint-Lazare ont intelligemment formé un cul de sac boulevard Malesherbes. Ainsi, bien calés face aux matraques, pris dans un piège à beurs, la « racaille » n’avait plus qu’à faire ce que l’on attend d’elle, brûler des voitures et casser des vitrines. Elle l’a fait. Pour ma part je pense que pour mesurer l’indice de désespoir d’un peuple, le cramage de voitures est un instrument plus fidèle que les sondages commandés aux amis sondeurs de Pierre Giacometti, et ça coûte moins cher.

Les quartiers ont trouvé le chemin de la République

Bon. Voilà que les « quartiers » ne font plus de quartier et ont trouvé le chemin de la liberté en venant à la République. Dans la manif, les médias ont été décryptés : « menteurs », « complices » et même « pourris » dans la bouche des plus mal élevés. On a le sentiment que plus les télés tricolores, les radios, mettent du feutre autour de l’information, pour ne pas heurter d’oreilles sensibles, plus la « racaille » enrage.

Certains jeunes avaient même confectionné des cercueils en cartons avec « Médias » écrit dessus comme épitaphe. Je pense alors à la presse américaine qui a trompé son monde, c’est-à-dire ses lecteurs-clients au moment de l’offensive de Bush sur Bagdad. Ces journaux, on le sait maintenant, risquent bien de ne pas survivre longtemps à leurs mensonges… La presse américaine, naguère « crédible et de qualité », est en train de mourir du poison qu’elle s’est injecté, tel le scorpion qui se pique le cul. Disons que, n’ayant pas l’honneur de faire partie de la « racaille », je peux la comprendre. Quand elle entend, par exemple, sur la chaîne Euronews, un journaliste qualifier « d’otages » les soldats israéliens faits prisonniers par les Palestiniens lors de « l’incursion » de Tsahal dans Gaza !

Comme souvent, le plus intelligent dans tout cela c’est Nicolas Sarkozy. Bien content d’avoir évité le bordel des lycées en renvoyant Darcos à l’étude, il ne tient pas à substituer au premier un autre cirque venu des « quartiers ». Le président a donc derechef « condamné » l’attaque terrestre de Gaza, et prié Bernard Kouchner de ne plus embrasser madame Tzipi Livni, certes grande blonde mais ancien agent du Mossad, sur les marches de l’Elysée devant toutes les caméras du monde. Premier dégât collatéral de Gaza : Bernard est privé de baiser.


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