Maroc: manoeuvres évangéliques.

Publié le par Ali




Appelons-le Rachid, c’est le troisième enfant d’une fratrie qui en compte six, il a dix-sept ans et est plutôt bon élève au Lycée professionnel de la banlieu de Casablanca où il habite.

Son père tient un petit garage et travaille dur pour ne pas gagner grand chose, mais il ne se plaint pas, il y a pire, a-t-il coutume de dire.

Depuis quelques jours, Rachid a remarqué dans son quartier trois jeunes gens. Deux occidentaux et un troisième qui serait Tunisien, dit-on. Ce dernier leur sert d’interprète. Personne ne sait au juste ce qu’ils font dans ce quartier déserté des touristes et les langues vont bon train.

Justement, ce trio a engagé la conversation avec Rachid. Ils se présentent comme Américains, ce qui fait rêver l’adolescent. Il y a un cousin de son père qui est parti, voici longtemps, en Amérique, Rachid ne sait pas exactement où, mais ce serait génial s’il pouvait y aller et l’y retrouver. Et il a en parle à ces jeunes qui sont sympas et lui offrent un coca.

Le lendeman, ils se retrouvent et parlent de choses et d’autres et de l’Amérique où Obama est devenu Président : « Tu sais qu’il s’appelait  Hussein, quand il était musulman ? - lui dit celui qui semble être le plus âgé de la bande – après, il est devenu chrétien et Président des Etats-Unis ! ».

Ils se revoient encore deux ou trois fois, le temps d’un coca et puis l’un d’eux dit à Rachid : « Tu sais que Jésus t’aime et est mort pour tes péchés ? ». Là,  Rachid ne comprend pas très bien pourquoi Jésus serait mort pour ses péchés à lui, surout qu’ils n’a pas l’impression d’être chargé de ce côté là. Et les autres de lui parler de Dieu qui l’aime et que ce serait bien que Rachid lui rende cet amour. Rachid est un peu perdu. La religion, c’est pas son fort. Il n’est pas, comme sa mère et grand-mère, un pilier de mosquée. Avec son père il respecte les fêtes d’obligation et, bien entendu, toute la famille fait Ramadan. C’est tout.

L’autre soir, une jeune fille s’est jointe au groupe. Une occidentale aux yeux bleus et de beaux cheveux tout blonds. Elle jouait de la guitare et tous, même le Tunisien, se sont mis à chanter. C’était beau, cela ressemblait à du rock. Rachid était séduit.

Avant de se quitter, un des garçons a dit à Rachid : « Tu vois, ce serait bien que tu sois comme nous, tu pourrais avoir facilement un visa pour les Etats-Unis et, sur place, y rester puisque tu serais chrétien… » Et il lui a même proposé de venir rejoindre un groupe le dimanche d’après pour se faire « baptiser ». Rachid n’a pas compris ce que « baptiser » voulait dire, il rêvait de retrouver cette jolie fille blonde qui chantait si bien et qui venait de l’attirante Amérique !

Le père de Rachid, qui n’est pas naïf, avait remarqué le manège du groupe. Il est allé à la police qui a embarqué les jeunes gens, lequels ont été priés de quitter le pays.
Home sweet home !

 

Cette histoire, à peine romancée, est un résumé des méthodes de ces « missionnaires » évangéliques qui, dans les pays du Maghreb, du Proche-Orient et ailleurs, veulent convaincre des pauvres gens, qui ont d’autres soucis en tête, de les rejoindre.
Toute la panoplie des sectes y est : séduction, climat sympa, jeunes gens et jeunes filles enthousiastes, de quoi rêver…

Quand ils se font expulser, ils crient à la persécution. Et l’ambassade des Etats-Unis proteste.

L’administration coloniale française avait interdit aux communautés catholiques de pratiquer le prosélytisme et de vendre de l’alcool aux musulmans. Les catholiques ont respecté cet interdit. Mais tout le monde n’est pas catholique.

Voyez-vous, la liberté religieuse doit être un principe reconnu par tous et pour tous. Et si vous voulez quitter une religion, ou changer de religion, pourquoi-pas ? c’est votre choix et votre responsabilité. Il faut que cela soit bien clair !

Mais faites-le en toute connaissance de cause, après avoir bien réfléchi, sans vous faire influencer, ni charmer par de vraies ou fausses promessses. C’est facile de gonfler les statistiques de convertis en promettant tout et n’importe quoi à des gens qui sont prêts à tout pour changer de vie. Vous imaginez les conversions si, demain, on déclare à Calais, que les réfugiés économiques qui souhaitent rejoindre la Grande-Bretagne, le pourront s’ils deviennent évangéliques (adventistes,mormons ou témoins de je-ne-sais –plus-qui) ?

Respecter les pauvres, c’est aussi respecter le peu qu’ils ont et dans ce « peu » il y a leur religion.

Et même cela, certains veulent le leur prendre !

 

 

 

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